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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 09:46

L’homme qui inventait l’art 2

 

Mick : J'aime bien le verbe « inventer. » Comme on dit « l'inventeur d'un trésor ou d'une grotte » pour celui qui découvre.
Paul : Comme la grotte Chauvet porte le nom de son inventeur ?
- C'est ça. Inventer signifie d'abord «découvrir» et ensuite créer. La création artistique «invente», en réalité. Le travail d'un artiste c'est découvrir ce qui précède et créer du radicalement neuf, souvent dans un même mouvement.
- Mais dire de Buraglio qu'il est en train d'inventer l'art, c'est excessif, non?
- Ecoute, c'est une expression que je n'emploie guère. Pour l'instant, uniquement en parlant d'Ariane Mnouchkine au théâtre et de Buraglio.
- C'est vrai que ses dessins d'après... indiquent comme une découverte de ce qui précède.
- C'est ça. Peu à peu, pas à pas, Pierre Buraglio dessine «sur le motif» comme disait les impressionnistes, sauf que son motif à lui c'est la peinture: Poussin et Ph. De Champaigne, Jean Hélion et Matisse, Cézanne et Piero de la Francesca, Duchamp et les surréalistes, en ne cachant pas son admiration pour Aillaud et Hantaï...
- Mais il les troue. Il découpe des morceaux, il rature. Il caviarde une ligne de Cézanne comme les inscriptions dans son agenda. Pour dire que c'est passé, dépassé?
- Peut-être. Et puis sacraliser c'est souvent embaumer. Ainsi retravaillé, l'art de Poussin, de Cézanne ou de Piero n'est pas momifié, muséifié, mais fécondé.
- Et, en même temps, il recadre et encadre.
- C'est sa renaissance à lui.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Né en 39, fils d'un architecte, il est devenu peintre. Il a participé activement à l'atelier qui sérigraphie aux Beaux-Arts les affiches de Mai 68. Mais de 69-74 il arrête de peindre et travaille comme rotativiste. Et c'est un militant «gauchiste» En 74, le mythe Buraglio veut qu'il accroche au mur, dans un geste fondateur, une fenêtre récupérée.
- Mais, c'est un ready made, ça?
- Mieux que ça. C'est là, qu'interviennent la Renaissance et le texte fondateur de L.B. Alberti, le «De Pictura»: « Je trace d'abord sur la surface à peindre un quadrilatère de la grandeur que je veux... et qui est pour moi une fenêtre ouverte par laquelle on puisse regarder l'histoire.» Mais là, ce qu'on voit par la fenêtre réelle, c'est l'espace réel d'exposition et de perception: là où j'observe.
- Ça devient un équivalent du coup de couteau donné dans la toile par Lucio Fontana! Je commence à comprendre où tu veux en venir... En plus, au lieu de prendre ses ready made au BHV, il les récupère dans son atelier: cadres de sérigraphie, rubans de masquage, ses paquets de Gauloises...
- Seulement, au lieu de parler de ready made, il parle simplement de réemploi, ou bien plus modestement encore, il dit «accommoder les restes.» Toujours, une grande économie de moyens. Ce que le pain perdu est à la pâtisserie !

(à suivre)

  « dans le fonds.» (1966-1997) jusqu'au 30 04 Galerie Jean Fournier, 22, rue du Bac 75007 Paris
http://www.galerie-jeanfournier.com

 « C'est alors que... » (1998-2008) jusqu'au 30 04 Galerie Marwan Hoss 12 rue d'Alger 75001 Paris
http://www.marwanhoss.com/edito.html

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Published by le Cep AVEC - dans Paul & Mick
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