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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 19:31
LA RONDE DE NUIT Peter Greenaway

Difficile de faire la critique d'un tel film. Très maîtrisé, volontairement expérimental (rien qu'à la façon artificielle dont jouent les acteurs, on reste un peu interloqué pendant les premières minutes), appuyant sur la beauté des images vraiment magnifiques, ce film peut agacer par sa recherche si évidente de perfection. Pourtant, il y a plus que la recherche d'une composition de plans sans défauts. 

Il y a dans La Ronde de Nuit une réflexion sur la mise en scène.La première scène par exemple trompe le spectateur qui pendant quelques minutes se demande s'il est en train de regarder du théâtre filmé.  Les personnages s'adressent directement à la caméra, on reste parfois surpris du registre utilisé pour interpréter certains sentiments. On est souvent en plan d'ensemble ou large comme assis devant la scène de théâtre.
"All the world's a stage", dit justement un personnage de comédien. Rembrandt se bat contre la comédie et le mensonge des bourgmestres qu'il peint. Pour lui tout est spectacle, prétexte à la peinture. C'est le spectacle que le peintre accuse et c'est le spectacle qui lui fournit son travail. Alors que Rembrandt fige les visages des grands de Hollande, Peter Greenaway redonne vie aux tableaux. Je ne m'étendrai pas sur la métaphore rebattue de la toile du tableau et de l'écran de cinéma.

Rembrandt compose ses tableaux de manière à parler à celui qui le regardera, on le voit choisir les couleurs, les vêtements, les places de ses modèles. La lumière découvre peu à peu une scène, transforme l'espace, modèle une atmosphère. Si on observe bien, on peut remarquer que plusieurs lieux du film sont situés dans le même décor, seulement, il est éclairé différemment, il est utilisé plus ou moins largement.

Ce que cherche Rembrandt, qui craint plus que tout de devenir aveugle, c'est la lumière. Qui éclaire-ton? Comment éclaire-t-on un tableau? Où place-t-on la couleur? Il faut voir cette scène onirique d'ouverture où Rembrandt demande à sa servante de décrire les couleurs à un aveugle pendant qu'elle ouvre les volets de sa chambre. La question est posée : comment ouvre-t-on l'esprit des spectateurs? Comment fait-on naître les émotions par l'image?
Selon l'emplacement et l'utilisation de la lumière, notre perception est différente. Greenaway a bien choisi de traiter un tableau dont le titre contient le mot "nuit". C'est la maîtrise de la lumière qui fait du peintre, du cinéaste, un grand artiste, parce que c'est cette lumière qui montre ce que nous n'avions pas vu, qui invente des mondes et recompose des univers, qui éclaire un personnage sous un angle imperceptible auparavant.
Enfin, c'est cette lumière qui nous montre la vérité (une enquête criminelle est prétexte au film).
Cela vous rappelle-t-il quelque chose?

Charlotte

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Published by le Cep AVEC - dans Cinéma
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