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Le blog de l'Eglise catholique à Paris avec les "étudiants artistes" sur les arts visuels, l'Evangile et la création artistique.

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Paul & Mick 19

Pavillon noir

 

Paul : Alors, tu y es allé à Venise ? Raconte !

Mick : Oui, j’ai beaucoup de chance, mais je n’ai envie de parler que d’une seule œuvre, le pavillon français.

- Je l’ai déjà vu. Il est situé dans les jardins comme les autres pavillons européens : architecture lourde du XX°, néo-classique ou néo-rococo, comme tu veux. Très contraignant. Mais tu veux dire la pièce de Claude Lévêque.

- Oui, mais cette pièce n’est pas une œuvre d’art exposée, c’est la métamorphose de tout le pavillon en œuvre d’art. Ça commence à l’extérieur : il apparait comme une sorte de catafalque, un tombeau, les 4 colonnes ioniennes en marbre rouge se détachent sur une surface noire mate. Rien que ce point de vue te fait percevoir quelque chose de froid comme un cube noir.

- Un black cube substitué au white cube ?

- Si tu veux. Une fois entré, les premières sensations s’entrechoquent : c’est noir, froid et… lumineux, brillant. Faut dire que 80 ampoules sphériques à lumière blanche fixées à la corniche du plafond carré couronnent le tout. Mais c’est noir-et-lumineux à la fois, parce que les quatre murs de la salle centrale sont tapissés de paillettes noires, des éclats de mica qui réfléchissent et éblouissent. Et puis un sourd grondement te tourne lentement autour.

- Et il parait qu’on est en cage ?!

- Oui, on est canalisé par des grilles métalliques, comme ces cages de cirque qui mènent les fauves à la piste. Un premier couloir te conduit à la cage hexagonale et centrale, d’où partent trois autres passages vers trois ouvertures obscures, chacune au centre des trois murs.

- Si je comprends bien, ça fait une sorte de croix - où l’on peut se croiser - de l’entrée vers les trois espaces noirs.

- On ne peut entrer dans aucun de ces trois espaces, la cage est fermée à ses trois extrémités. A travers les barreaux de chacune de ces extrémités, on aperçoit faiblement éclairé dans les ténèbres, un morceau de soie noire agité par le souffle d’un ventilateur.

- C’est ça le bruit qu’on entend ?

- Non, mais le sourd grondement émane de ces trois pièces obscures. Il parait que c’est l’enregistrement des moteurs de bateaux sur le Grand Canal, retravaillé. Mais c’est pas évident à reconnaître

- Bon, d’accord. Le titre c’est « Le grand soir » : l’affaire est réglée. L’anarchie représentée par son drapeau noir serait la dernière utopie à espérer du milieu de notre enfermement. Point barre. Dis donc, ça ne va pas très loin.

- « C’est un peu court jeune homme » comme dit Cyrano. Un drapeau noir en soie ou en satin, ça ne t’étonne pas ? Le travail de Claude Lévêque n’est jamais à sens unique, mais à sens multiples ! Et puis il faut arrêter : il a 56 ans ; ce n’est plus un ado rebelle ! Certes il préfère l’insolence des ados à toute langue de bois, mais il a fini sa crise depuis quelques temps.

- Alors, c’est pas politique ?

- Si, bien sûr. Mais pas seulement.

(à suivre)

Paul et Mick recommandent la lecture d'une critique intelligente de la pièce sur Paris-art.com:
http://www.paris-art.com/art/a_editos/d_edito/Andre_Rouille_Le-Grand-Soir-des-utopies-perdues-285.html
On peut voir aussi une superbe vidéo de l'oeuvre sur le site des Inrocks :
http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/article/claude-leveque-la-video/

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