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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 09:17

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Depuis bien longtemps l’art s’ingénie à travailler le temps. La représentation simultanée des étapes d’une vie de saint en une même image, des écrits ornementés d’entrelacs, la condensation de plusieurs angles de vue ou la décomposition  des mouvements d’une seule figure contribuaient à ralentir ou accélérer le rapport de l’observateur au temps. Avec le cinéma, le temps – découpé, ralenti, accéléré - devient un médium à part entière. Au tout début du 20ème siècle, Marcel Duchamp nomme ses tableaux, des « retards ».

Comme à l’église !

Aujourd’hui dans la course au toujours plus, dans la prolifération des représentations, plusieurs artistes fabriquent des images sobres qui distillent le temps. L’un d’eux, David Claerbout, façonne le médium contemporain de l’image numérique. Il présente au Centre Pompidou, parmi cinq projections : Sections of a Happy Moment (2007) qui m’a retenu immobile de longues minutes. Un visiteur me regardant agenouillé sur la moquette a même murmuré : « …comme à l’église ! »

Pourquoi le cacher : il émane de cette œuvre quelque chose de rare, de précieux, de magique. Cette impression repose sur un stratagème simple : photographier sous une centaine d’angles un même fragment d’instant. Heureux.  Forcément évanescent. Le temps s’arrête, suspendu à un ballon en l’air. Ces deux enfants qui jouent au milieu de leur famille, dans une architecture  sans âme, m’invitent à savourer le cadeau de l’instant présent. Comme un présent.

Et vous, que dites-vous ?

Mais la multiplicité des « points de vue » manifeste l’ouverture de l’événement – ô combien anecdotique – sur une multitude d’interprétations. Rien ne se fera sans moi.  Sans nous. Les autres oeuvres : The Stack, 2002, Bordeaux Piece, 2004, Shadow Piece, 2005, et Long Goodbye, 2007 méritent l’attention.

Prévoyez de leur consacrer du temps. Evidemment !

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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 18:44

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II - "De pouvoir voir le visage de Dieu dans un tel trou à rat."

 En quoi cette série se distingue-t-elle ? Dans le fait qu'elle met le spectateur en constant déséquilibre. Au lieu de désigner un héros, un personnage à qui s'identifier facilement, sans être gêné, qu'on retrouvera avec sécurité au prochain épisode, elle fait défiler un nombre incroyable de caractères, tous plus cruels les uns que les autres. Impossible de savoir qui va rester en vie jusqu'au bout de l'épisode, puisque l'activité principale dans la prison est de survivre. C'est sans doute la série qui a fait le plus de morts (fictifs) car les décès sont très souvent plus d'un par épisode. Pas de figure plus attirante que l'autre, plus sympathique.

Il existe deux punitions à Emerald City qui impliquent toutes deux la question du regard. L'une est la cellule d'isolement, cellule complètement vide, sans matelas, sans toilettes, où les prisonniers sont envoyés, mis à nus, ne communiquent avec personne, la nourriture arrive par une fente, la lumière n'entre pas. Même si à Oz on risque sa vie à chaque seconde, les prisonniers préfèrent être au milieu de tous qu'à l'écart, où ils n'existent plus, comme au théâtre où le "pouvoir" appartient à celui qui occupe l'espace de la scène. En isolement, les hommes s'autodétruisent. La deuxième punition est une cage placée au milieu de l'unité d'Emerald City, où, comble de l'absurde le prisonnier puni est exposé au regard de tous. Surexposé alors, centre de l'attention et de la haine, bouc émissaire pour un moment ?  
Etrangement, l'architecture de la prison fait parfois penser à une église: des portes en arches, des couloirs à peine éclairés, des fenêtres en longueur avec des vitraux qui ne laissent presque pas passer la lumière. Beaucoup de question sur Dieu sont par ailleurs soulevées car dans un endroit où les notions de bien et de mal sont déplacées voire inexistantes, que devient Dieu? Ainsi, ces hommes écartés par la société se sentent abandonnés par Dieu, malgré les efforts des deux religieux faisant partie du personnel de la prison (une religieuse et un prêtre catholiques) pour les soutenir. La beauté de cette série est de faire ressortir de manière beaucoup flagrante ce qui est grand et beau chez l'homme. Car lorsque quelque chose de positif arrive, c'est un étonnement émerveillé qui se manifeste chez le spectateur, de quoi garder un peu d'espoir devant les actes de criminels qu'il faut pourtant voir comme des créatures de Dieu :

          Un prisonnier : « Mon père. Où était Dieu quand mon fils est mort ? »

          (Un temps de silence.)

          Le prêtre : « Là où Il était lorsque Son propre fils est mort. »


Charlotte

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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 12:06

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Une très belle expo, à voir absolument si vous le pouvez. Les œuvres sont très dépouillées. Le vocabulaire plastique est très simple : palette réduite, formes étirées plus ou moins
organiques. Des dessins qui semblent monochromes, mais qui, vus de près se révèlent tout en nuance. La technique est le pliage, intention qui fait apparaître le hasard. Le plus
dépouillé et lisse des noirs se révèle matière, texture, et non simple trait. Des nuances des couleurs apparaissent : le regard fait apparaître la matière. Ces dessins jouent à la fois
du trait, du pochoir et de l’empreinte, font dialoguer, vide et plein, couleur et matière. Orozco est sculpteur ; dans ses dessins  il sculpte le vide pour lui  faire prendre corps.
                Une pièce dépouillée, éclairée, naturellement , surprenant par rapport au reste. Il y a « peu » à voir : dans un angle, à la hauteur du regard, des taches que l’on reconnaît
comme l’empreinte d’un visage. Au sol, une sculpture compacte noire porte une série d’empreintes de mains. Sur un socle blanc, une autre, aux mêmes matériaux et couleurs,
porte aussi une série d’empreintes  de mains. On y reconnaît la forme d’un bassin humain.
L’œuvre, me semble-t-il, n’est pas seulement dans ces pièces, mais dans la circulation, le souffle entre elles. Cette exposition, ces œuvres-ci, questionnent la présence, l’absence,
la figuration, l’apparition. Elle m’évoque les réflexions sur la capacité de l’art à rendre le mystère de la figure humaine, et aussi celles sur l’Incarnation de Bernardin de Sienne :
l’Infini dans le fini, incontrôlé dans le contrôlé... N’est-ce pas comme dans le pliage.  L’un est lié à l’autre : l’intention  de l’artiste n’est-elle pas parole, pensée, la peinture, une
chair. Ici se dit quelque chose du mystère de l’existence, de la figuration : l’idée, « le verbe »  qui se fait chair.

                Anne

Gabriel Orozco Dépliages, galerie chantal Crousel jusqu’au 20/10, mar-sam 11h-13h, 14h-19h, 1o rue Charlot (3ème)

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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 12:03

Décoratif, Orozco ?

Paul : Je sais pas si ça te fait ça, mais il y a des artistes dont tu retiens une œuvre. Parfois une autre, un autre jour. Et puis on se perd de vue. Les circonstances, sa créativité, nos emplois du temps… C'est le cas pour moi de Gabriel Orozco. J'avais reçu sa célèbre DS  en pleine mémoire. Bing, c'était à la 4ème biennale de Lyon. En 1997 ! Spectaculaire !

Mick : Qu'est-ce que c'était ?
- Imagine la DS Citroën coupée en trois morceaux dans le sens de la longueur, on retire le morceau du milieu et on recolle les deux côtés. Donc une voiture très étroite avec un volant au milieu ! Plus symétrique qu'avant mais inutilisable. Un truc incroyable. Un objet, impossible, impensable… et dont la fabrication a demandé un soin très particulier, des interventions d'un bon niveau technique, un machin inutile et qui laisse songeur.
 
- Tiens, mais ça pourrait s'appeler une œuvre d'art. 
- Oui, mais une "œuvre d'art" n'est pas nécessairement un chef d'œuvre : on attend d'une œuvre d'art autre chose qu'un truc inoubliable.
- D'accord. On aimerait que ça produise en nous autre chose qu'un petit sourire 
- Cela dit, j'ai retenu le nom de Gabriel Orozco. Il est né au Mexique en 1962 
- Et aujourd'hui ?
- Eh bien, tout a changé. Ou presque… Dix ans plus tard, le côté spectaculaire s'est évanoui. Ce qu'il montre, c'est presque rien. Très peu de choses. Des petits formats. De la peinture sur du papier. De la peinture sans pinceau. Comme une tache mais avec des symétries. Plusieurs symétries. On voit bien que la feuille de papier a été pliée. Même sur les bords, comme pour enfermer.
- C'est le test de Rorschach ?
- Oui mon coco, mais on est dans une galerie, les œuvres sont encadrées, sous verre. Du coup, ici, tu n'es ni spectateur, ni patient d'un psy.
- Je suis sûr que tu as quand même interprété.
- Evidemment, et forcément en me projetant. J'ai vu des figures, j'ai cru pouvoir nommer. J'ai cru reconnaître des corps, des replis de peau, des plis de chair, ça évoque des bras, des cuisses, des sexes masculins et féminins. Ça te rappelle que nos corps sont fait de symétries. Mais seulement quelques formes vraiment évocatrices. D'autres formes ont la simplicité originelle des dessins tantriques, emblèmes très purs de l'infini, de l'œuf primordial. Des peintures dont les reflets reçoivent onctions de parfum, d'huiles et d'eau lustrale. Des objets pour les rites, non des œuvres d'art… Ce qu'étaient nos retables, autrefois.
- Je t’écoute, je t’écoute, mais moi aussi, je l’ai vue. J'ai trouvé que c'était décoratif comme un motif de papier peint. Rien de plus. Assez décevant.
- Mais tu n'as pas vu, par endroit la peinture épaisse faire des petites vagues, à d'autres elle paraît diluée, très fine. Ce n'est pas plat comme du papier peint. En fait, on a comme l'enregistrement de la performance, ce qu'est toute œuvre d'art, même si elle cherche à effacer toutes traces… Et puis Orozco décrit le processus, le rite de fabrication : au commencement, une goutte de peinture sur une feuille de papier et « Lorsque la feuille est pliée comme une enveloppe, il s’agit d’un objet, mais lorsqu’elle est dépliée, elle devient une image. Il y a comme un mouvement circulaire entre un objet et une image cachée dans les plis de la matière.»
- Ah ce qui se cache dans les plis..! Je préfère Simon Hantaï pour le montrer; et pour en parler : Gilles Deleuze ( Le pli, collection Critique, Editions de minuit, 1988) Nous même vivons dans ce repli de l'espace qui met face à nous le monde dont nous vivons, comme nous appartenons à la voie lactée que nous voyons au ciel. Les plis de la matière manifestent en image les replis de l'âme, de la conscience…

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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 09:36
I - "... pour nous, trouver la lumière prend du temps." 
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 Pourquoi se pencher sur une série télévisée? Est-ce pour répondre à la mode qui met sur un piédestal nombre de ces objets visuels? Pour être franche, je crois qu'il est difficile d'ignorer ce format puisque depuis quelques années, il concurrence le cinéma et touche bien plus de spectateurs que le grand écran. Les chaînes américaines l'ont compris, apparemment pas les chaînes françaises. Les auteurs de scénario s'en donnent à coeur joie et créent des dizaines de séries par année, les chaînes rivalisent de diversité, d'originalité et certaines de provocation. On peut se poser la question de savoir si la télévision ne devient pas un lieu nouveau de liberté créative, en comparaison avec ce que nous proposent les productions cinématographiques. 
 
 Parmi toutes ces séries, une se distingue particulièrement à mes yeux. Elle n'est pas récente puisque le dernier épisode a été diffusé il y a 4 ans. Cette série a réuni très peu de spectateurs par rapport à d'autres bien plus accessibles. Elle a pour nom OZ, en référence au film Le Magicien d'Oz, une référence pervertie puisqu'en réalité, Oz est le nom raccourci du centre pénitencier à haute sécurité d'Oswald. Faut-il rappeler qu'Oswald est entre autres le nom du meurtrier du président Kennedy? Faut-il lire par là que les prisonniers qui se trouvent à Oz sont ceux qui tuent l'image parfaite que l'Amérique aime se représenter d'elle-même? C'est fort probable. Car comme JFK tenait le rôle du président progressiste, séduisant défenseur des valeurs de liberté, l'image parfaite d'une Amérique réussie, Lee Harvey Oswald a vu se retourner contre lui toute la haine du monde pour avoir assassiné ce rêve. C'est sous son parrainage qu'existe donc Oz, au sein de laquelle une unité expérimentale a été créée. Encore une référence au Magicien d'Oz, puisque ce quartier a été baptisé Emerald City, vous vous souvenez, la fabuleuse cité d'émeraude où résidait le mystérieux magicien? Sauf qu'il ne s'agit pas d'un pays enchanteur où une jeune fille à couettes sautille en chantant, mais d'un lieu où chaque cellule est vitrée. A Emerald City, on voit tout. L'une des problématique principale de la série est celle du regard. Paradoxalement, on en voit trop, en tout cas, plus que ce qu'on voudrait. D'où la violence de la série. 
 
 Alors que ces hommes sont en prison, isolés du regard des gens, une fois qu'on pénètre à l'intérieur, les murs sont transparents, révélant absolument tout de l'intimité des détenus, de leurs sentiments, de leurs gestes. Et on voit s'étaler devant nous l'échec de l'Amérique. Car le "melting pot" ou "salad bowl" est ici forcé. L'Amérique aurait voulu une société nouvelle où tout homme quelles que soient sa couleur de peau et son origine sociale pourrait vivre en harmonie avec autrui. Et pourtant, les villes sont divisées en quartier où chacun vit avec les siens, ceux qui partagent les mêmes racines. Dans la prison, inévitablement, on retrouve ce réflexe de groupe, les Musulmans, les Irlandais, les Latinos, les Aryens, les Italiens, les travestis, les Noirs... Et pourtant, tous ces hommes ont été réunis là parce qu'on les considère comme appartenant (je cite) à la "même espèce", celle des criminels.

(à suivre)
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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 19:45

Nuit Blanche 07


Paul : Bon, la Nuit Blanche, on connaît. Tout le monde est content : « un public plus nombreux au contact de l’art contemporain. » Vive la démocratisation de l’art ! Bravo !

Mick : Et ce coup-ci avec l’exploit des Bleus contre les All Blacks, c’était vraiment la fête !

- La bière a coulé à flots. Mais, pour rencontrer ce public, il semble que la Nuit Blanche encourage plutôt une production de consommation rapide – on a envie de dire de « fast works » – plutôt ludique et spectaculaire, forcément éphémère, proche des attractions de fête foraine.

- Rabat joie. Y a des artistes qui s'en tirent bien, au mieux avec le charme d'un peu de poésie, sinon d'un peu de magie, plus souvent avec de l'humour. Et c'est bien. Non ?

- M’enfin, les chrétiens attendent autre chose de l'art !!

- Te fâche pas…

- Pour les chrétiens, « l'art est, par nature, une sorte d'appel au Mystère » a écrit Jean-Paul II.

- Tu veux quand même pas un art « prise de tête » réservé à une petite élite intello..?

- Par le Christ, l’élection d’une élite – le peuple élu - a pris une dimension universelle : pour un disciple du Christ, l’élite c’est tout le monde, le peuple élu c’est la multitude des hommes ; on est tous le ou la préféré(e) de Dieu. Mais on ne peut en jouir et s’en réjouir que par la grâce d’une conversion radicale.

- Faut être chrétien pour aimer l’art ?

- Fais pas l’idiot. Je veux dire que si l’art, l’art authentique, l’art vraiment créatif « a une profonde affinité avec le monde de la foi » il est à la fois exigeant et populaire. Il suscite, il appelle une conversion du regard, un renouvellement total de notre rapport au monde et à Dieu : il est à la fois accessible à tous et radical.

- Et alors, qu’est-ce que t’as vu d’important, qui soit à ce niveau ?

- Dans l’entrebâillement du portail de Saint-Roch, un monstre scintillant, discret, comme s’il se cachait. « Pan » de Vincent Beaurin.

- Mais Pan, c’est un Dieu païen !

- T’aurais préféré Béhémoth ou Léviathan, les monstres de la Bible ? (Ps. 74,14). Les gargouilles de Notre-Dame, les figures grotesques de pierre des modillons de nos églises, tu crois qu’elles sont très catholiques ?

- Je me dis que ces monstres renvoient toujours au monstre que nous sommes souvent à nos yeux.

- Oui. Et Le Christ lui-même a endossé sur la croix toutes nos monstruosités. Il dit le Psaume 22, celui qui commence par « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » et se poursuit : « Moi-même, je suis un ver, pas un homme, la flétrissure de l’humain, le rebut du peuple. »

- Moi, à Saint-Eustache j’ai vu quelque chose de très beau, très humble. Juste des chaussures usagées recouvertes par un tapis, entre deux tapis plus petits.  Je me demandais si le tapis cachait les chaussures vides de pieds comme des traces honteuses d’un massacre, voire d’un génocide ; ou s’il les recouvrait avec tendresse, avec douceur…

- Et puis, nos frères musulmans retirent leurs chaussures pour prier sur des tapis…

- Oui, ça pouvait avoir la douceur d’une prière sur la mémoire, je ne sais pas, par exemple du massacre de Sabra et Chatila aussi bien que de la Shoah. Mais je vais peut-être trop loin..? L’artiste, Lydia Dambassina,  est née en Grèce d’une famille immigrée de Turquie. Ce doit être irrigué d’une autre culture.

 Copie-de-VB--Nuit-Blanche-07.JPG

Lydia Dambassina : www.koroneougallery.com

Vincent Beaurin : http://www.fredericgiroux.com/fr

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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 08:18

Un premier espace regroupant des toiles dont le motif initial semble être la roche. Un deuxième  d’un univers « forestier » Un troisième regroupement dont les toiles 
s’apparentent à l’eau qui déferle. Des coupes, des vases, échoués au bord de la peinture : points arrêtés au milieu du « tremblement de toile ». Parfois des fragments de
tissus qui se dessinent.
Per Kirkeby  creuse la peinture comme un sol, sédimente ses gestes pour faire apparaître des formes, des strates et  excavations, faisant apparaître ainsi une peinture
tellurique, qui tremble comme la terre dont elle reprend les couleurs Des traits qui cadrent, d’autres qui dessinent. Une peinture où les coups de pinceaux deviennent
cassures, nervures. Une peinture tellurique, car faite de strates, non sans liens avec des coupes géologiques, qui se coupent se heurtent : collision et subduction de la
couleur et du trait.. Minéral, végétal et « figures » se devient parfois plus qu’ils ne se voient : ici le regard se fait semblable à celui du sculpteur qui cherche dans la matière
la forme qui se trouve déjà dans son esprit et qu’il veut rendre visible.

De ceci peut se dégager un sens, Ces tableaux sont comme ceux d’une genèse laissée visible par l’artiste ou plutôt que celui- nous permet de voir.Une peinture du chaos,
-on pourrait peut-être avancer : d’un chaos originel – où le pinceau du peintre procède davantage du travail du trait que de la masse si l’on veut bien laisser son regard  se
promener dans la toile. Un regard croisé avec la Bible trouverait dans ces toiles des résonances de la Genèse : terre et eaux qui se séparent, création des « arbres et plante
qui poussent sur la terre », prémices de l’activité humaine
Quelle serait alors la place  de ces traces de l’activité humaine ?  En gardant l’écho de la Genèse, on peut y voir ceci : l’homme ici n’est pas noyé dans la nature , il y prend
sa place, discrètement mais bien là pour qui veut le voir. La peinture de Per Kirkeby nous invite à prendre le temps du regard, de l’attention au monde. Et ces coupes,
allusions à la tradition picturale, pourrait alors signifier ceci :  le monde et la peinture sont passés dans notre siècles par de nombreuse tempêtes, bien des fois l’on a cru à
la destruction, mais la vie est bien là, fragile mais présente, associée à une nature sauvage où tout est possible. Une peinture, donc où l’espérance de quelque chose de
nouveau, que nos yeux ne peuvent encore voir est là dans ce chaos apparent.

ANNE
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 Per Kirkeby, Natures mortes, Galerie de France, 54 rue de la verrerie 4ème, mar-sam 11h-19h,jusqu’au 6 octobre

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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 09:18

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L’art contemporain déçoit ou fait peur ; on n’y comprend rien et, tout simplement, « c’est pas de l’art ! » On pense à quelques anecdotes de baiser sur une toile blanche ou d’accumulation confondue avec un tas de déchets…

Eh bien aujourd’hui, c’est vrai, l’art vraiment créatif, c’est parfois ça, et on en reparlera. Mais c’est aussi la peinture et la sculpture. C’est aussi le goût et le sens de la matière.

Sculpter la pierre.

La pierre de Soignies qu’on appelle aussi « Petit-Granit » est un calcaire gris-bleu foncé qui sert à la restauration de monuments : La Madeleine et Notre-Dame de Paris en sont dallées. Un sculpteur, Eugène Dodeigne, 84 ans, a passé sa vie à lui donner vie.

La cour du musée Rodin reçoit six œuvres sculptées dans cette pierre. Elles entourent Enigme (1989) en marbre blanc.

On peut ici s’approcher, toucher, sentir la trace des outils qui dessinent la surface après avoir découpé les volumes. La Pietà Rondanini de Michel Ange, à Milan, nous a appris à accueillir comme une grâce ce témoignage du combat, brutal et créatif, de la chair vive avec la pierre.

Enigme et message.

Abstraites de la représentation et du fini artisanal, les formes façonnées par Dodeigne évoquent des corps émus. M’éloignant un peu, un groupe de deux éveille en moi une reconnaissance : l’humble retrait, l’inclinaison d’un consentement devant une puissance retenue aux ailes ployées… c’est une Annonciation ! Je vérifie : l’œuvre date de 1993 et s’intitule Message.

Centrées sur l’Enigme de marbre blanc, figure unique et double - donc triple - les sculptures de Dodeigne se tiennent là, massives, monumentales statues de pierre dense, parfois trouée. Mais le Message retentit entre les statues. Entre celle qui acquiesce, le messager et ceux qui regardent.

 

Ce n’est ni la pierre ni la sculpture qu’on admire mais ce qu’elles suscitent en nous. Par l’esprit.

 

Eugène Dodeigne Sculptures 1989 - 1995 –

Musée Rodin  : jusqu’ au 15 Octobre 2007, 77 rue de Varenne 75007 Paris. Tel : 01.44.18.61.10 Métro : Varenne / Invalides.

 

On peut voir en permanence : Force et tendresse (1996) installée aux Tuileries et un superbe groupe de quatre présenté dans le parc du MAC/VAL (Vitry sur Seine).

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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 11:11

 

Matière à penser.

 Paul : Avant la rentrée, je suis retourné faire un tour sur quelques expos.
Mick : C’est marrant, moi aussi.
-          Pas forcément les plus importantes, mais celles qui m’ont le plus touché.
-          Et alors ? Qu’est-ce que t’as vu ? 
 -          D’abord, presque rien, un raté, une micro- allusion à l’œuvre d’un grand.
-          Toni Grand ?
-          Oui, à l’atelier Brancusi. C’est dingue que ce phénomène, dont la force réside dans une vraie humilité devant le matériau et ses formes soit ramené à si peu, alors qu’il mériterait bien une grande rétrospective.
 -          Deux sculptures en bois, et quelques dessins-collages, heureusement, magnifiques. Ensuite, moi, je suis monté revoir Les messagers d’Annette Messager, et encore une fois je suis resté scotché devant – je devrais dire « autour » de - Dépendance-indépendance (1995-96) . Comment peut-on encore parler de l’amour avec autant de justesse !?
-          Et de nos fragilités avec autant de pudeur et d’impudeur. T’as remarqué comment on passe peu à peu des grimaces enfantines et des laines rouges et bleus aux fils et filets noirs…
-          …et à ces mots si durs et si molletonnés de tissu fantaisie : Protection, Honte, Oubli, Confusion, Mépris… Oui. Mais j’aime aussi comment elle sculpte l’air, le souffle, de plus en plus.
-          On comprend que Casino (2005) ait reçu le prix de la Biennale de Venise.
-          Au musée Rodin, j’ai retrouvé un vieux monsieur que j’admire depuis des années.
-          Tu passes de l’étoffe et de la peluche à la pierre ! Dis donc, tu ne t’es pas fait mal ?
-          Non, Eugène Dodeigne, donne tellement de vie à cette pierre de Soignies : de la pierre vive ! Ces masses donnent à sentir le travail colossal qui les a fait naître en même temps qu’une grâce…
-          C’est normal, il s’inspire de la danse…
-          D’accord, mais faire danser des blocs de pierre..!
-          Moi, je suis retourné à la nouvelle galerie des Gobelins : tout le rez-de-chaussée est consacré à la réalisation de cartons dus à des artistes contemporains : Philippe Cognée, Pierre Buraglio, Carole Benzaken, etc. C’est étonnant de voir leur peinture interprétée en tapisserie.
-          Le tapis rond d’après les feuilles d’aucuba de Marc Couturier, j’aimerais le mettre sous un autel, comme un signe de correspondance entre terre et ciel. Mais j’aimerais aussi mettre côte à côte la tapisserie et le vitrail tirés du Chêne de Mambré de Buraglio.
-          S’ils perdent du brillant, ils gagnent en profondeur.
-          Non, c’est autre chose. On voudrait caresser ces œuvres…
-          …et ce sont elles qui nous touchent. C’est pas très conceptuel tout ça.
-          Je suis retourné à la Manufacture de Sèvres : des créateurs travaillent aussi avec la céramique. Mais on en reparlera.
-          Le bois de Toni Grand, les tissus et peluches d’Annette Messager, la pierre de Dodeigne, la laine des tapisseries, la céramique… C’est l’art et la matière, plus que l’art et la manière !

Annette Messager, jusqu’au 17 septembre :
http://www.cnac-gp.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllExpositions/28502FAD456429F8C125723D00304F6A?OpenDocument&sessionM=2.2.1&L=1

Eugène Dodeigne jusqu’au 15 octobre :
http://www.evene.fr/culture/agenda/eugene-dodeigne-18480.php
Toni Grand à l’atelier Brancusi, jusqu’au 22 octobre :
http://www.cnac-gp.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllExpositions/B06D023270E8CF70C12572B3004A78E5?OpenDocument&sessionM=2.2.1&L=1

Galerie des Gobelins :
http://www.mobiliernational.culture.gouv.fr/ 
Copie-de-La-ballade-de-Pinocchio----Beaubourg--2007-dont-L-enclos-du-Pantin--traversins--moteur--poulie--corde--bois--.JPG

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25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 19:23

Y a pas photo.

Paul : Salut ! Tu t’intéresses à la photo, toi ?
Mick : Oui. Il y a même des expos qui m’ont vraiment marqué. Je me rappelle ma découverte de Lorca di Corcia, Xavier Zimmerman ou Rineke Dijkstra… Il y a même le souvenir d’une seule photo de J-Louis Garnell qui me poursuit : « La nuit. » Elle doit dater de 1989 ou 90 !
- Pour quelqu’un qui voudrait un panorama large de la photo en ce moment, il faut aller à la Maison Européenne de la Photographie. Il y a surtout au sous-sol un dialogue avec l’art contemporain, et dans les étages « Italie, Doubles visions. » Sur dix thèmes, deux photographes côte à côte. C’est saisissant. Je retiens, sur «  la plage, »  le contraste entre les couleurs saturés des clichés ironiques de Martin Parr et les larges surexpositions neutralisées de Massimo Vitali.
- Ah oui, les grandes plages blanches ?
- C’est ça. Mais tout est d’un très haut niveau : Cartier-Bresson, Salgado, William Klein, Depardon…
- Tu ne dis rien de l’étage consacré à Charles Matton ?
- J’ai été un des spectateurs enthousiastes de son film « L’italien des Roses » mais la séduction de ses boîtes de décor me fait trop penser à des attractions de fête foraine. C’est très réussi techniquement, mais le changement d’échelle et l’hyper réalisme ne me suffisent pas…
- Moi, j’aime beaucoup, c'est magique ! Et à la Maison rouge, tu y es allé ? Il y a Varini et van Caeckenbergh ?
- Ouais. Mais à propose de mattons, j’ai pas eu le temps de voir parce que y a surtout une performance vraiment flippante ?
- J'vois pas le rapport !
- Attends. T’as quatre vigiles baraqués, habillés en noir, bras croisés sur la poitrine et qui te suivent du regard. T’as l’impression de rentrer en prison sous le regard des mattons. J’en ai entendu un grogner « Pas toucher !»
- Non ?! C’est de qui ?
- Je crois que c’est une production maison. Et ça doit être permanent.
- Ça leur arrive de cogner ?
- J’sais pas. Et je ne suis pas près de le savoir.
- Pourquoi ?
- Ben, j’suis pas près d’y retourner.
- Tu le regretteras, il y a souvent des expos fortes...

 

C'est jusqu'au 30 septembre : http://www.mep-fr.org/expo_1.htm
Et pour savoir si les vigiles cognent : http://www.lamaisonrouge.org/mrfr.html

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Published by le cep AVEC - dans Paul & Mick
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