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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 10:01

Chut !
Petit exercice de contemplation en ligne

la-nuit-Garnell.JPG

La Nuit III, Jean-Louis Garnell, 1989, 100x120, C Print

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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 08:03
daniel-day-lewis_427x321.jpgLE BRUIT ET LA FUREUR
 
Pour Daniel Plainview et Eli Sunday, il faut savoir acheter les esprits afin de pouvoir ensuite réclamer les biens. Le premier est prospecteur de pétrole, le second est un jeune prédicateur de l'Eglise de la Troisième Révélation. Nous sommes dans le sud-ouest américain et l'histoire se déroule en quatre périodes, de 1898 à 1929.
 
Les deux premières périodes durent environ 1/4 d'heure et couvrent la découverte des premiers gisements de pétrole par Daniel Plainview. Pendant ces 15 minutes, pas un mot n'est prononcé, seuls une musique stridente et les bruits des machines se font entendre. Car le film décrit un processus mécanique: je veux, je convaincs, j'achète, je tue, je mens, je gagne. Daniel Plainview est une machine, comme nous le fait comprendre la musique qui reprend le rythme du train ou des foreuses. Une machine que rien n'arrête, que le scrupule ou le remords ne saisit pas, froid, sans famille, sans amitié, sans amour, sans religion. 
 
Comme les grands héros des tragédies grecques, c'est la démesure qui caractérise cet homme et qui l'entraîne à la perte de son humanité. Tout est démesuré autour de lui - mais n'est-ce pas un des attributs des Etats-Unis? -,  à l'image de la plaine désertique dans laquelle il a installé ses puits de pétrole. C'est en son coeur que se déroule le film. On dirait qu'il n'y a rien d'autre au monde que cette plaine sauvage, ces hommes qui creusent et ces puits. Au point que la 4è époque du film qui se déroule dans une maison majestueuse paraît anachronique, déplacée. Tout à coup, le film qui était noir et jaune devient bleuté et froid. Mais comme Daniel Plainview ne sortait pas des terres conquises ou à conquérir, car c'est de cette manière qu'il aborde le monde extérieur, il ne sort pas non plus de sa demeure. Et comme il aimait être sous le sol dans ses puits, on le laisse en sous-sol dans sa salle de bowling.
 
Face à lui, il y a Eli Sunday le religieux qui a trouvé en Plainview une source possible d'argent et un adversaire à détruire avant qu'il n'influence les fidèles de son église. Le film est une critique claire de l'Amérique, enfermée sur elle-même et isolée, qui entre en conquérante sur les terres des autres,  Daniel Plainview et Eli Sunday sont respectivement des images de la politique économique agressive américaine et de la relation ambiguë entre la religion et le pouvoir aux Etats-Unis. 
 
C'est aussi un film sur notre bruit, la musique est souvent difficile à supporter. La victime de ce vacarme, c'est le fils de Plainview qui devient sourd après une explosion de gaz et que son père rejette ensuite. Paradoxalement, c'est aussi ce qui sauve l'enfant, comme s'il fallait s'isoler du bruit du monde pour survivre.
 
Le titre - "Il y aura du sang" - n'est pas la première citation de l'Ancien Testament que fait le cinéaste Paul Thomas Anderson*. Dans l'un de ses précédents films, Magnolia", il avait mis en scène une pluie surréaliste de grenouilles sur Los Angeles. On l'attend ce sang qui est présent la plupart du temps sans être visible tout au long du film : le pétrole, la seule chose qui fait vivre cette terre sèche du Texas; le sang du Christ qui est évoqué à tout bout de champ par le religieux Eli Sunday et que refuse Daniel Plainview; le sang des ouvriers qui meurent pendant le travail; le sang des victimes de Daniel Plainview. Ce sang-là ne devient concret qu'à la toute dernière scène du film et c'est une fin inévitable, car le film se construit en tragédie. Plainview amasse, accumule et dévore tout (l'un des films de référence pour la préparation de l'acteur a été Nosferatu) et le prédicateur Eli Sunday ressemble tellement au prospecteur Daniel Plainview que There Will be Blood peut être vu comme l'histoire de Caïn et Abel où Abel serait aussi mauvais que Caïn et où Dieu serait un intermédiaire utile pour étendre l'influence des deux adversaires sur leurs "fidèles".
 
There Will be Blood est un film sur un homme trop envahissant pour les autres, tellement imposant que rien ne peut le détruire sauf lui-même. "(...) on ne peut pas être tranquillement ce qu'on est sans torturer quelqu'un" écrivait Simone de Beauvoir dans Le Sang des Autres; Daniel Plainview demeure tellement fidèle à lui-même qu'il écrase ceux qui l'entourent. Sur l'égoïsme universel, il nous dit que celui qui veut être lui-même ou plus que lui-même ne peut faire autrement que de sacrifier les autres. Sur notre condition humaine et sur nos rapports aux autres, il nous dit qu'être c'est déjà trop.

Charlotte
_________________________________________________________________________________________________________
 
* Exode 7,19 : "Et l'Éternel dit à Moïse : Dis à Aaron : Prends ton bâton et étends la main sur l'eau de l'Egypte, sur ses fleuves, sur ses canaux, sur ses étangs et sur tous ses réservoirs, et elle sera du sang, et il y aura du sang dans tout le pays d'Egypte jusque dans les vases de bois et de pierre."
 
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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 18:42


Merci à Pierre Buraglio. Merci pour ce moment riche avec "un homme remarquable,"  avec un artiste important. Moment trop court.
Merci aux étudiants d'avoir soulevé des questions pertinentes : celle du lieu, de son importance primordiale quant au spirituel dans l'art; celle des rapports entre éthique et esthétique dans la production d'une oeuvre d'art. Et d'autres trop rapidement effleurées. Bientôt un lieu dans l'Ecole pour poursuivre nos discussions..?
Un événement annoncé : deux galeries parisiennes présentent ensemble le travail de Pierre Buraglio.
Galerie Jean Fournier, 22 rue du Bac 75007 à partir du 20 mars : "Dans le fonds. 1966 - 1997"
Galerie Marwan Hoss, 12 rue d'Alger 75001 à partir du 18 mars : "C'est alors que...1998 - 2008"
Deux expositions dont on reparlera.
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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 15:24
En bas de la colonne de droite découvrez une nouvelle série de pages : "Formation"
C'est la formation biblique qui inaugure cette série par une "introduction à la lecture de l'Apocalypse"
Bonne lecture !
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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 09:01
Voici "Clin d'oeil", voici la première vidéo du blog, le premier court métrage de Nathalie avec son équipe :
désolé, pas moyen de la mettre en lien, mais allez voir quand même :-) ça vaut la peine
http://www.youtube.com/watch?v=IMR9Ejkq95A
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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 11:41

Une nouvelle page Cep 7ème ART
à consulter en bas à droite de l'écran 

REPRISE de Hervé Le Roux

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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 09:07

Hier soir, dimanche 27 janvier, nous retrouvions Nathalie avec joie ; et, cadeau, elle est accompagnée de Vianney qui prépare un DMA en ébénisterie à l’école Boulle. Bienvenu ! [ Il y a un trombinoscope dans l'album photos. Regarde en bas à droite ]


La lecture de la Lettre de Jean-Paul II aux artistes nous interroge encore sur ce que nous entendons par création. Est-ce qu’une œuvre, c’est vivant ? Comparable à un enfant à qui on donne vie ? Un enfant est reçu dans la foi comme un don de Dieu ; n’y a-t-il pas dans l’œuvre d’art aussi  à accueillir un don de Dieu, une grâce, l’Esprit Saint, comme on parlait d’une œuvre « inspirée » ?

En revanche, nous somme tous d’accord, plus ou moins, pour ne pas situer l’art dans la virtuosité et le savoir-faire.
Sans pour autant accepter les provocations de Duchamp. Décidément, un siècle après, elles dérangent encore. Peut-être ont elles quelque chose à nous dire que nous ne voulons pas entendre ? Elles nous appelleraient à sortir et à avancer ? "Pro-voquer" = appeler dehors, défier, faire naître quelque chose.

En relisant le constat modéré que « s'est progressivement développée une forme d'humanisme caractérisée par l'absence de Dieu et souvent par une opposition à Lui. » Nathanaël ( bon anniversaire !) insiste pour souligner qu’autour de lui, c’est une évidence : Dieu est mort et l’Eglise est une parenthèse qui se referme doucement pour permettre enfin à l’art de prendre son plein épanouissement. Pour ma part, je me disais que même l’humanisme en a pris un coup.

A l’époque où on tatouait les murs de pensées provocatrices, j’avais aimé « Dieu est mort, Marx est mort et moi-même, je ne me sens pas très bien. » Une trentaine d’années se sont écoulées : on peut se bercer d’illusions en suscitant de grands rassemblements : le cadavre bouge encore ! Mais, personnellement, comment chacun de nous vit sa foi en Christ dans cet environnement, et en particulier dans le monde de l’art ? Comment comprenons-nous notre rôle ? Et notre petite aumônerie : un endroit chaleureux pour se conforter bien à l’abri, un lieu d’apprentissage pour se constituer une doctrine béton, une équipe pour s’initier à suivre le Christ..?

Après la messe et l’homélie du père Henri qui nous invitait, entre autre, à accueillir le Christ dans notre « Capharnaüm » intérieur, les agapes très sucrées n’ont été ponctuées que de critiques de films… peut-être un peu « courtes ».

Décision est prise de passer la prochaine fois aux travaux pratiques et d’aller rencontrer une œuvre contemporaine pour voir si « même lorsqu'il scrute les plus obscures profondeurs de l'âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l'artiste se fait en quelque sorte la voix de l'attente universelle d'une rédemption. »

Si la lecture de ces quelques lignes vous fait réagir, si elle vous pro-voquent, ne vous gênez pas pour ajouter un commentaire. Il suffit de cliquer en bas à droite…

A bientôt
Michel Brière

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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 09:31
Marcel-Didier--s.t--1999--paille-de-bl---et-altuglas-3-120xdiam-110-.jpg
Depuis quelques années les grands musées multiplient la présentation d’œuvres contemporaines au milieu de leurs collections. Il vous reste dix jours pour découvrir celle du Petit Palais intitulée : Intrusions.

Un choix d’œuvres fortes. Indépendamment de leur mise en relation avec le patrimoine, c’est la qualité de chaque œuvre contemporaine qui introduit d’abord à la création artistique de ces vingt dernières années. Installation, sculpture, photographie, peinture et dessin livrent quelques spécimens percutants dans un Petit Palais restauré et réactualisé.

Je retiens la « Vague pour Palissy » de Johan Creten en biscuit et grès émaillé, le jeu avec ombre et lumière des « Empreintes » de Pascal Convert, l’énigmatique Maternité (America, 1994) photographiée par Florence Paradeis, œuvres qui conjuguent émotion, culture et pensée avec pertinence et talent. Vous ferez votre propre choix.

La saveur de l’art. Mais vous ne manquerez pas de vous arrêter, à l’entrée, devant les trois meules de foin sous altuglas de Didier Marcel (s.t, 1999). Leur situation dans le hall d’accueil les met en relation avec l’ensemble de l’exposition. Si l’altuglas nous interdit l’odeur du foin, de même le musée tend à aseptiser les œuvres d’art. Elles nous rappellent, parmi d’autres pistes de réflexion, que chaque pièce a son parfum : une « saveur » unique.

1 + 1 = 3. Dans le meilleur des cas, non seulement les œuvres du passé mettent en perspective la création actuelle et l’œuvre contemporaine révèle un aspect nouveau de l’œuvre patrimoniale, mais la relation entre l’une et l’autre constitue quasiment une nouvelle œuvre, selon le principe 1+1=3.

Quand la relation d’affinité prend ainsi la consistance d’une œuvre d’art, un chrétien peut éprouver – par analogie - la secrète proximité du Mystère.

 

Michel Brière

 

Exposition en accès libre et gratuit. Jusqu'au 3 février.

Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, avenue Winston Churchill – Paris (8e)

Ouvert tous les jours de 10h à 18h (sauf les lundis et jours fériés)

 Renseignements au 01 53 43 40 00  www.petitpalais.paris.fr 

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9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 17:55

 Jackie-Nickerson-Father-Benignus-2005-941-73.jpg  Nickerson-097-C.jpg
Les éditions steidlMACK, (Göttingen 2007) présentent un livre de photos de l’artiste Jackie Nickerson, intitulé "Fides."

 Comment prétendre photographier la foi ?!

Jackie Nickerson, née à Boston (E.U.A) habite à Londres. Après cinq ans dans l’univers de la mode, elle propose en 2002 « Farm ,» un livre qui montre des agriculteurs d’Afrique du Sud dans leur environnement. En 2007, « Fides » donne à voir  des portraits et des gestes quotidiens de religieux catholiques irlandais.

L’aura de la simplicité.

La sobriété de ces cent-huit photographies en couleur est radicale : sans complaisance ni affectation, « à hauteur d’homme, » sous un éclairage franc et banal.  Cette simplicité qui évoque parfois l’art du Bienheureux Fra Angelico, demande un talent exceptionnel et une modestie analogue à celle de ses modèles. L’ensemble suggère une existence austère et joyeuse ancrée dans la confiance, la force intérieure, le consentement. Et forcément, l’amour.

Loin des clichés.

La sobriété focalise notre attention sur le visible, à la limite du perceptible : délicatesse d’un geste, grain de la peau vieillissante, ébauche d’un sourire paisible… Jamais on n’avait approchée la foi avec une telle pudeur lucide. Une telle œuvre apaise et rafraîchit nos regards soumis à la traumatisante prolifération de l’exhibitionnisme.

Emouvoir la réflexion.

 La photographie a désormais acquis un statut d’art, à part entière. Désormais, nous savons, souvent à nos dépends, que la vérité photographique n’est pas une empreinte de la réalité. « Ni l’exact ni le vrai ne sont inhérents à la photographie. Si les images peuvent passer pour être exactes, et même vraies, elles ne puisent pas en elles seules leur exactitude ou leur vérité. La vérité étant inséparable d’une procédure qui l’établit.» (Gilles Deleuze, cité par André Rouillé[1]) Cette procédure relève d’un régime de croyance.

Voici des images qui sollicitent aussi notre foi. Quel cadeau !

Michel Brière



[1] Cf. Editorial du 22 novembre 2007 :  http://www.paris-art.com/editorial-parisART/edito/216/andre-rouille-les-verites-relatives-de-la-photographie.html

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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 10:51

Déluge de photos

 Paul : Tous les jours je passe dans les coins les plus touristiques de Paris, et c’est fou le nombre de photos prises par minutes ! Mais que vont devenir tous ces clichés : Papy devant la pyramide du Louvre, Takeshi et maman devant l’arc de triomphe, Hortense qui mange une barbe à papa place de la Concorde, etc.

Mick : Oui, le numérique fait exploser la quantité d’images enregistrées et fixées. Là, au moins, il y a de la croissance. Exponentielle !

- C’est peut-être parce que c’est novembre et qu’on prend l’habitude d’en faire le mois de la photo… Snobisme ou exotisme en plus, Paris-Photo et Photoquai en rajoutent une couche. On consomme, on consomme, des photos petites dans nos magazines et nos journaux, et des photos grandes comme des tableaux, dans les rues, sur les quais, et des photos hors de prix dans des cadres… Au secours ! Qu’avons nous fait pour mériter ce déluge ?!

- Ce qui est excessif perd de sa force. Comment dire encore que la photo est un art ?

- Si tout le monde prend des photos, on peut au moins dire que cette pratique renvoie à une expérience partagée. Ce qui devrait qualifier notre regard.

- Evidemment, il n’y a plus besoin de savoir faire, c’est une machine qui fait le travail pénible.

- Oui, mais ça veut dire que la représentation, la mimesis, n’est plus un but de l’art mais son matériau. Et la fonction document de la représentation peut céder la place à la seule présentation ; et la question du sujet à l’esthétique.

- Waouh, dis donc, papy devant la pyramide n’avait pas dû songer à ça.

Paysages désertés.

Qu’est-ce que t’en sais ?! Pour une semaine encore, toi, en tout cas, tu peux y réfléchir en allant boulevard Raspail. Au 261, la Fondation Cartier expose au sous-sol Robert Adams ; en face, au 268, la galerie Camera Obscura expose Michael Kenna.

- Deux anglo-saxons ?

- Un états-unien et un anglais. Des photos en noir et blanc de format modeste, toutes éditées en livres, et pour sujet, des paysages sans figures humaines. Mais deux univers quasi diamétralement opposés.

- En quoi ?

- Il faut regarder de près. Robert Adams présente des photos rectangulaires sur papier brillant. Des photos pauvres, sans affèterie, des enregistrements, des constats. C’est le sujet qui compte, je dirais même plus c’est l’idée qui importe. D’un côté…

- Tu oublies de dire que l’expo s’intitule « On the edge »

- Oui. Sur la côte Ouest des Etats-Unis, en regardant vers l’Est, Adams photographie la déforestation : une forêt détruite par la technique de la « coupe claire. »

- C’est plus un paysage sans figures, c’est un paysage défiguré !

- En regardant vers l’Ouest…

- Un nouveau Far West ?

- Eh oui, c’est leur mythe. Là, c’est l’océan, sublime, intact (Faudrait vérifier…)

- C’est très manichéen. Face à la nature vierge de l’océan, l’enfer d’une humanité qui détruit son environnement. Le propos se voudrait politique, ça paraît surtout prêchi prêcha : on dirait du Michael Moore !

- Attends un peu. On va traverser le boulevard et entrer dans la galerie Camera Obscura pour regarder le travail de Michael Kenna. Mêmes sujets, des paysages sans figures humaines, mêmes photos noir et blanc, mais de format carré, sur un papier satiné, on dirait « velouté » Et cette fois la trace d’humanité, c’est souvent l’architecture. Chez Michael Kenna, l’homme construit…

- Comme chez Adams, il détruit.

- Et, là, l’expo s’intitule : « Spiritual places. » Pendant une quinzaine d’années, Kenna a photographié le Mont Saint Michel, par tous les temps, sous tous les angles, à toutes les heures, reflété dans une flaque, estompé par le brouillard…

Et tu comprends que ce n’est pas des photos souvenirs… Y a pas Hortense en train de manger sa barbe à papa. Non, je rigole..! Tu n’as pas dit qu’au sous-sol il y a aussi des photos prises à Hokkaido ou sur l’île de Pâque.

- Et toujours le format carré, une forme primaire universelle, emblématique de la terre, qui extrait de la narration et de la description, des rythmes essentiels, des sensations riches d’ambiguïtés.

- Qu’est-ce que tu-veux dire ?

- Tel paysage ressemble au ventre d’une femme, tels piquets émergeant de la neige à des notes de musique sur une portée… Tout, sauf anecdotique.

- Alors, si j’ai bien compris on a d’un côté du boulevard l’esthétique et la noble contemplation de Kenna, de l’autre la politique et le trivial débat éthique d'Adams..?

Divertissement/avertissement

- Sauf que, mon grand, le débat éthique émet un avertissement qui ne manque pas de noblesse et que l’esthétisme peut virer au divertissement ornemental pour chambre de petite fille. On va éviter de tomber à notre tour dans le manichéisme. Le refus d’esthétisme de Robert Adams se justifie, il représente une certaine ascèse dans sa manière de photographier. Quant aux belles images de Kenna, c’est quand elles effleurent l’abstraction qu’à mon goût, elles ouvrent réellement – mais en nous – une « spiritual place » ! 

● Michael Kenna « Spiritual places »Jusqu’au 1 décembre 2007 à la Galerie CAMERA OBSCURA

268, boulevard Raspail 75014 Paris Tél : + 33 1 4545 6708 http://www.galeriecameraobscura.fr/

 

Robert Adams « On the edge » Jusqu’au 27 janvier 2008 à la Fondation Cartier

261 boulevard Raspail 75001 Paris http://fondation.cartier.com/main.php?lang=1&small=0

 

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Published by le cep AVEC - dans Paul & Mick
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