Mardi 22 mai 2007

Les Galeries Nationales du Grand Palais présentent jusqu’au 2 juillet : « Le Nouveau Réalisme » en 180 œuvres de 13 artistes et quelques « invités »

 

Voici une exposition conçue pour se cultiver et se former. On va pouvoir en parler de ces affiches déchirées, de ces voitures compressées, de ces détritus collés, de tous ces objets entassés, bref, de cette image un peu désuète de l’art des années soixante. On les aura vus !

Se cultiver. Depuis sa grande rétrospective à Beaubourg, nous connaissons mieux Yves Klein. Mais Hains, Tinguely, Arman… et Martial Raysse (voir les vitraux de N-D de l’Arche d’Alliance) ? Ils offusquaient le conservatisme bien pensant; le critique Pierre Restany, leur « inventeur, » offrait à l’art une avant-garde de plus. Leurs oeuvres ne re-présentent pas la réalité, elles la présentent. Abîmée, détruite, lacérée, accumulée, empaquetée. Nouvelle Vanité.

Inséparable de la « société de consommation » les dénonciations du Nouveau Réalisme permettent de réviser l’histoire ; sans prétendre à l’éternité. Sans prétention justement, comme l’esprit frondeur qui se joue de la gravité.

Se former. Nombre d’œuvres dialoguent avec les ruptures historiques de Dada et Duchamp tout en poussant la dérision, parfois jusqu’au système. L’intérieur du frigo où hurle une sirène est rouge sang. La vitrine de poupées amputées s’intitule « Massacre des Innocents. » Et si Christo emballe n’importe quoi c’est peut-être que tout est à vendre. Ce pessimisme anime encore beaucoup de créateurs ; sur un mode moins ludique.

Et la poésie ? On peut se laisser surprendre par une mécanique de Tinguely dont les rouages dérisoires, sans grincer, se nimbent de tendresse et de légèreté ; par la texture à la fois crémeuse et lézardée d’une expansion de polyuréthane signée César ; par l’étonnant tableau digne de Miro ou de Matisse que dessinent les lacérations d’affiches découpées par Villeglé. Mais guère plus.

On n’est pas là pour rêver !

Michel Brière

par le cep AVEC publié dans : la chronique de Paris Notre-Dame
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