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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 10:03


So British !

 

Paul : Dis donc en ce moment, vous faites très British, sur votre blog…

Mick : Why ?

- Rothko à Londres et Glen Baxter à Paris ; raconte !

- Ah Glen Baxter chez Martine et Thibault de la Châtre ! Un vrai plaisir d’en parler. C’est d’abord une belle fidélité entre galeristes et artiste : elle dure depuis une quinzaine d’années.

- M’enfin, des petits dessins au crayon de couleur et à l’encre de chine avec une phrase en dessous, franchement ça va pas très loin.

- Ah oui, tu trouves ?

- C’est très appliqué, très contraint même. Ça manque de liberté, écoute, c’est même pauvre et maladroit. Les personnages sont figés. Ces histoires de cow-boy et de boy-scouts impassibles dans des situations extravagantes, franchement, ça ne m’intéresse pas.

- Chaque dessin légendé ne raconte rien, c’est sûr. Oui, les sujets désuets sont sans intérêt. Mais ça t’est jamais arrivé de sourire après trois secondes d’arrêt ?

- Si, une fois sur dix. C’est peu. J’ai bien aimé les collégiens anglais qui « transforment les repas de cantine scolaire en authentique nourriture. »

- La pseudo naïveté du dessin, sans ombre portée, renvoie tout de même à toute une période de l’illustration, entre Jacobs et Hergé ; quant aux textes absurdes, ils dénotent d’autres références.

- Lesquelles ?

- Le rapport énigmatique, voire carrément incompréhensible avec l’image me met en compagnie d’un aréopage où se rencontreraient Jacques Tati, Lewis Caroll, Alfred Jarry, les Monty Pithon, Samuel Becket, Picabia, etc. Glen Baxter, lui, se réfère volontiers à Raymond Roussel.

- « La muse » de Marcel Duchamp ?

- Oui. Incompréhensible, je te l’accorde, mais on est davantage dans le burlesque. Et puis, confrontés à l’Art Moderne, ses héros stigmatisent bien des travers du « monde de l’art » en même temps que le dessin joue, lui, le jeu critique de l’image.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

- Quand un éminent critique aux allures de cow-boy énonce : « Manifestement, cela à toutes les apparences d’un authentique Baxter bien que dessiné d’une main beaucoup plus experte » Baxter joue sur plusieurs tableaux, si j’ose dire. Il souligne les maladresses de son dessin – sa main soi-disant peu experte ; le dessin dans le dessin donne un instant à penser qu’il s’agit d’un miroir, mais ce n’est pas un reflet qu’il donne à voir : il s’agit d’une rigoureuse copie de ce que nous voyons, nous ; ce qui laisse à penser soit que « la réalité » de la découverte coïncide avec l’œuvre, soit que l’œuvre a miraculeusement anticipé le présent ; mais une telle identité entre la réalité et sa représentation prouverait alors une main très « experte » ; en vérité, le tout est un « authentique Baxter »..!

- Mais pourquoi ce tableau en pleine nature ?

- Incongru, isn’t it ?! C’est cette résistance, ce débordement de toute explication qui m’enchante. L’art n’est jamais au premier degré.

- Bof… Et puis je ne vois guère de dimension spirituelle là-dedans.

- J’aime ceux qui savent nous faire sourire en exhibant doctement l’absurde, ce non sens que, moi, je supporte comme une tragédie. Sans le savoir Glen Baxter est capable de redonner espoir et foi parce qu’il réveille en nous le petit adolescent qui découvrait pour la première fois des horreurs inavouées de la société dans laquelle il fallait entrer…

- Et auxquelles on finit par s’habituer, non ?

- Ben justement.

- Et Rothko, à Londres ?

- Tu verras. T’as qu’à t’inscrire à la Newsletter, tu seras prévenu de tous les articles.

 

Glen Baxter est né en 1944 à Leeds, dans une famille « modeste » comme on dit. A partir de 1970, il détourne l’imagerie des livres pour adolescents des années 30-40… qu’il accompagne de commentaires délirants.

 

Galerie Martine et Thibault de la Châtre

4 rue de Saintonge 75003 Paris  Tél/Fax : + 33 (0)1 42 71 89 50

Jusqu’au 17 janvier, du mardi au samedi. http://www.lachatregalerie.com

 

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Published by le Cep AVEC - dans Paul & Mick
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commentaires

anne 06/01/2009 20:27

Je sens une pique générale sur la fin... :-)
Je ne suis pas Glenbaxterophile mais si je peux j'irais voir.
En attendant les échos de Rothko...

le Cep AVEC 07/01/2009 11:21


La glenbaxterophilie ne se développe que chez les sujets absorbant une grosse quantité de thé brûlant et noir chaque jour entre 17h et 17h30; chez ceux qui cultivent leur flegme en mâchouillant du
boeuf bouilli à la marmelade de citron ou ayant jusqu'à la cinquième génération un filet de sang anglo-saxon. Mais ça peut s'attrapper soudainement et sans explication au 4 rue de Saintonge
avant le 17 janvier.