Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 06:17

Jean Rustin

Paul : Tu as vu « Jean Rustin: Une vie de peinture » ?

Mick : Ouais. (silence)

- Moi aussi, ça m’a fait de l’effet.

- Remarque, j’étais prévenu. J’avais découvert son travail en 99 à Châteauroux dans une expo intitulée « Anticiper le printemps ». Juste des dessins.

- Comme ceux qu’on voit en bas, accompagnés de la vidéo ?

- Oui. (silence)

- Mais pourquoi on aime son travail ?

- Parle pour toi. Je n’ai aucune admiration pour cette complaisance dans le morbide et le sordide.

- Mais tu n’as regardé que les figures !

- Ben, tous ces êtres pitoyables, prostrés dans leur solitude, vautrés dans la désolation de leur décrépitude physique et morale… ça m’a un peu perturbé, oui.

- Mais, c’est peint et pas n’importe comment.

- Des couleurs sans noms avec des roses sales et du blanc. Le blanc des camisoles, ou des langes, de ces couches pour vieillards qu’on aimerait ignorer. Et puis des sexes exhibés, des regards vides ou déments…

- Il y a aussi des portraits en veste bleu qui croisent désespérément ton regard. Malgré la veste, ils apparaissent dépouillés, déshabillés, autant que les nus. Je pensais au portrait du jeune ouvrier de Rouault.

- Tu vois, ces personnages sans âge, comme des vieux enfants ou des gamins-vieillards, ils sont peints avec douceur. Les corps sont stylisés, simplifiés, presque des caricatures qui tiennent à distance la tentation réaliste.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

- La manière entre en tension avec le sujet; jusqu’à y entrevoir quelque chose de l’être, grâce à la dissolution de "l’existant".

- C'est vrai que Rustin a commencé par l’abstraction. Et là, les figures sont en quelque sorte « abstraites » de leur condition.

- Elles sont peintes sans hargne, sans mépris. Pas de description misérabiliste vaguement sociologique. C’est l’être humain que peint Rustin, pas le drame des aliénés. Ces figures qui suscitent répulsion et tendresse, finalement, je m’en sens proche. Je les trouve presque « aimables ».

- Tu les accrocherais dans ton salon ?

- D’abord, j’ai pas de salon, ensuite c’est plutôt au seuil d’un oratoire que j’aimerais les contempler. Parce que la Résurrection passe par la Croix. Parce que se sentir frère de cette misère substitue un peu d’amour au mépris. La peinture de Rustin me donne la possibilité d’éprouver un instant quelque chose du regard de Jésus sur la femme adultère ou les lépreux ou la pécheresse. Ça aide peut-être à regarder le monde sans mépris, si ça ne donne pas encore de le traiter avec amour.

- Mais ceux que tu regardes, c'est toi !
 

Jean Rustin est né en 1928, il expose à partir de 1959. En 1971, une grande exposition au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, provoque une profonde remise en cause. Il abandonne l’art abstrait. La Fondation Rustin s’est installée à Paris en 2007 (38, boulevard Raspail, 75007 Paris).

 

  Autoportrait sur une chaise, 1998 acrylique sur toile, 130x195cm

Jean Rustin: Une vie de peinture Galerie Polad-Hardouin, 86 rue Quincampoix 75003 Jusqu’au 17/01/2009.(la galerie sera fermée du 21 12 au 5 01).

http://www.polad-hardouin.com

Partager cet article

Repost 0
Published by le Cep AVEC - dans Paul & Mick
commenter cet article

commentaires