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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 10:43

Quand la poésie transfigure

- Paul : T’as vu, ça y est, le collège des Bernardins se décide à proposer une exposition dans la nef !
- Mick : Oui, il était temps. Pas seulement dans la nef, dans la sacristie aussi.
- La sacristie ? Y a des chasubles et des ostensoirs ?
- Non, non, c’est aussi une installation de Claudio Parmiggiani.
- Ah bon, la sacristie ç’est là où il y a une centaine de cloches au rebut ?
- C’est ça ; des cloches fêlées, couchées, empilées au sol et qui exhibent leur inanité, leur inutilité. Emblématique.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- C’est fini. Leur musique d’âme ne résonnera plus au ciel des villes. Si elles sont entassées là c’est que des clochers se vident, des églises ferment un peu partout. Et puis, pas de projecteurs, ce n’est pas spectaculaire, c’est seulement un aspect de la réalité à la lumière blafarde d’un hiver parisien.
- Brrr ! J’ai froid tout à coup. Parlons de la nef.
- Sur huit longues travées ménageant un passage de chaque côté, mais intégrant les colonnes, de hauts panneaux de verre épais quadrillent approximativement l’espace avant que de violents coups en aient brisé un grand nombre. Des morceaux de verre jonchent le sol, très peu côté rue, davantage le long d’une sorte de bibliothèque dont il ne resterait que l’empreinte.
- Ah oui ? Moi j’avais l’impression qu’on nous resservait « Le labyrinthe de verre brisé » qu’on a déjà vu à côté d’une delocazione déjà vue aussi plusieurs fois !
- Oui et non. Les installations fonctionnent comme des partitions qui peuvent être interprétées selon le lieu d’exposition. Là, par exemple, les panneaux de verre sont beaucoup plus hauts et plus épais qu’au Fresnoy en 2001 et l’évocation d’un labyrinthe ne s’impose pas.
- Du coup, les éclats de verre et les impacts sont moins nombreux, mais ils  manifestent plus de violence et un plus grand contrôle.
- T’as remarqué, devant toi, au centre de la façade, y a un espace large et profond comme un portail. Mais évidemment tu peux pas entrer.
- Oui. De même tu ne peux pas approcher le fantôme de bibliothèque qui tapisse tout le côté droit.
- On te tient à distance. C’est contradictoire avec une installation.
- Mais, frustré, t’es obligé  d’imaginer, d’inventer l’habitation de l’installation.
- Qu’est-ce que ça a de spirituel ? C’est sinistre !
- Attends ! La « mise au carré » par les cloisons de verre gît, ruinée, auprès de l’empreinte d’une bibliothèque évanouie. On dirait la trace d’un incendie. Pire, les suites d’un autodafé. L’Inquisition et le nazisme ont brûlé des bibliothèques entières. Les traces m’apparaissent analogues aux ombres figées sur les murs d’Hiroshima irradiés.
- Mais c’est l ‘enfer ton truc !!
- Non. C’est après, après le cataclysme. Il y a un « après ». L’art de Claudio Parmiggiani fait aux espaces ce que la poésie fait aux mots : il révèle une profondeur obscure, ténèbres de l’Histoire et du sens ; mais l’homme en quête, l’homme qui espère doit s’y risquer.
- O.K. Quelque chose s’est passé, un événement violent dont les traces demeurent. L’explosion des « mises au carré » et des alignements, des systèmes de doctrines, des dogmes et des idéologies…
- Quand les raisonnements excluent la poésie… Tu te rappelles, Brassens chantait : « La bande au professeur Nimbus est arrivée qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement… »
- Moi, je pense plutôt à la parabole de Paul Claudel : Anima ne chante plus quand Animus prend le pouvoir. Les savants ignorent souvent une chose : qu’ils bâillonnent l’âme.
- L’art de Claudio Parmiggiani accueilli au collège des Bernardins témoigne au moins que la poésie peut transfigurer nos raisonnements. Pour réconcilier Animus et Anima. Au service de la vérité.

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Published by le Cep AVEC - dans Paul & Mick
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