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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 18:54


Paul : Et alors, cette Nuit Blanche d’église en église ?
Mick : Oh, on n’en a vu que six : Saint Germain-des-Prés, Saint Germain-l’Auxerrois, Saint Eustache, Saint Merri, Saint Paul-Saint Louis et Saint-Roch.
- Eh ben raconte !
- On ne savait même pas qu’il fallait réserver des places pour le concert de Patti Smith… Donc, on l'a raté, un peu déçus. Ce système de réservation, pour une soirée comme celle-là, ça fait vraiment perdre à l’Eglise son image d’ouverture à tous et d’accueil pour tous.
- Remarque, moi j’étais à St Merri. Là, c’était tellement ouvert à tous qu’il n’y avait pas de différence entre une église et un hall de gare. Un bazar !
- J’y ai vu la danse d’une fille suspendue à un drap blanc, elle avait la grâce d’un ange.
- Oui, c’était magnifique ; mais on est dans le registre des arts de rue ou du cirque, tout le reste, un fatras de propositions déjà vues : franchement la montagne de chaises faisait vaguement penser à Kawamata… en moins intéressant.
- T’as vu les deux chaises collées à la voûte ? Je crois qu’il y avait le désir de transformer l’ensemble comme en une gigantesque œuvre en évolution..?
- Peut-être mais alors, ça n’est pas à la portée du premier venu. Et le reste ?

- Le pire et le meilleur. Le meilleur…
- Oh non, commence par le pire !

- Soyons brefs. L’irruption d’un monolithe de lumière dans les fumées colorées au-dessus d’un autel alors que résonnent des musiques à prétention astrale… On sombre dans le New-age tendance raëlienne. Je croyais qu’on invitait des artistes à exposer…

- Ouais, j’ai vu des couples allongés dans la nef qui avaient l’air de « prendre leur pied. » Ça faisait très concert planant des 70’s.

- Passons. J’ai trouvé assez pauvre l’installation numérique de Jeremy Blake à Saint Paul-Saint Louis, et en plus on ne pouvait pas accéder au chef d’œuvre que recèle cette église, la Pietà de Germain Pilon.

- Dommage !

- Très simple, magnifiquement présentées, avec sobriété dans l’obscurité de Saint Germain-l’Auxerrois, les petites lumières bleues de « Lueurs » m’ont touché.
- J’ai vu aussi. Disposé en forme de table, dans la nef, comme pour un Jeudi Saint, ce flux de vie et de mort conduisait le regard jusqu’à l’autel et à la croix.
- Eclairés d’une lumière cuivrée, ils constituaient une complémentaire colorée riche de sens pour qui voulait.
- Un petit moment de méditation paisible. Oui, l’insertion bien réussie d’une œuvre simple dans une église.

- Mais la palme, encore une fois revient à Saint-Eustache. Chaque année, l’équipe propose un moment de choix. Cette année, un chef d’œuvre ! Inoubliable.

- Oh la la, je sens que j’ai raté quelque chose !

- « Letter on the blind for the use of those who see » un film de Javier Tellez projeté en noir et blanc – d’une précision, d’une qualité nécessaires mais rares – sur grand écran dans le transept. L’ensemble sur-titré en français, traduit, sur place, en langue des signes et accompagné d’un texte en gros caractères et braille.

- Mais le film ? Qu’est-ce qu’on voit ?

- Tu te souviens « Elephant », le film de Gus van Sant ? Le titre n’est qu’une référence formelle à un court métrage d’Alan Clarke qui, lui, se réfère à un conte indien où un aveugle découvre un éléphant en le palpant : comme il n’en perçoit qu’une partie, il doit reconstituer mentalement l’animal entier.

- Ce qui fait image de nos sensations toujours partielles, de notre perception limitée. Et de ta vision partielle de la Nuit blanche..!

- C’est ça et c’est ce que montre le film de Javier Tellez. Six aveugles viennent palper un éléphant. Chacun à sa manière. On entend leurs réactions. La caméra suit leurs gestes et respire à leur rythme, en plans rapprochés. Puis elle se pose, toujours de la même manière, sur la peau rugueuse de l’animal quand les aveugles parlent de leur cécité en quelques phrases. Elle cadre aussi en très gros plans, chaque regard aveugle et perçant sous notre propre regard.

- Mais il est aussi question de communication, non ?

- De connaissance, aussi ; de transmission, de témoignage. Je peux palper le braille, regarder la langue des signes, entendre les mots anglais des aveugles, avec ma propre culture, collective et personnelle, un nouveau sens se constitue. Une œuvre unique, comme une foi unique. Qui ouvre la méditation, stimule la pensée.
- Le père Luc Forestier, curé de Saint-Eustache écrit : « Parce que les portes du changement s’ouvrent toujours de l’intérieur, la recherche artistique a de fortes corrélations avec l’aventure spirituelle…/… l’authentique est toujours gratuit. Rien de démonstratif ou de sécurisant, car l’intériorité humaine est vulnérable et partagé. » Les artistes doivent aimer être accueillis à Saint-Eustache.
- D’aussi fécondes rencontres entre la création artistique et l’Eglise se font si rares… Dommage que ce ne soit que pour une nuit.
- Pourvu qu’il soit possible de revoir au moins la vidéo !

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Published by le Cep AVEC - dans Paul & Mick
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