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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 10:09

Trésors

Paul : Alors, ces vacances ?!.. T’as vu des trucs intéressants ?

Mick : Oui, mais il y a urgence à parler de la rentrée. Depuis le 6 septembre Patrick Faigenbaum est à la galerie Nathalie Obadia, 3 rue du cloître Saint-Merri dans le 4ème. Et c’est jusqu’au 18 octobre.

- Ben ‘lors, on a le temps !

- Tu sais très bien que tout va se précipiter dans quelques semaines et ça va passer à l’as. Et cette expo, il faut surtout ne pas la rater.

- Dis donc, tu démarres sur les chapeaux de roues. C’est si bien que ça ?

- Sublime !

- Il va falloir que tu t’expliques. Si je ne me trompe, c’est de la photo, Faigenbaum. Il a pas fait des grandes familles italiennes à la manière des portraits de rois..?

- Si, si. Mais là l’expo s’intitule Santulussurgiu 1995-2008, du nom d’un village de Sardaigne. On y voit des choses et des gens tout simples, photographiés sans excès. On a envie de dire : « tout simplement ».

- Sauf que tu vas me montrer que c’est pas si simple que ça…

- Ou plutôt que c’est cette simplicité qui en devient énigmatique.

- ???

- Ecoute, à peine entré, j’ai été saisi, charmé. On ne comprend pas immédiatement ni l’intérêt, ni ce qui se passe. « Le motif » est souvent obscur. Il n’y a pourtant qu’une vingtaine de photos, toutes encadrées sans verre, de taille moyenne. Mais chacune a son format. Chacune, son trésor.

- Comme des tableaux.

- Les photos sont en couleurs, quelques unes en noir et blanc. Il y a des portraits, des natures mortes, un paysage, des personnes dans leur environnement, des petits événements : un cheval est passé, une chèvre allaite ses petits, un enfant boit à la fontaine, des gens se penchent à la fenêtre… Le tout en teintes modérées. Les noirs sont des gris anthracite, les blancs des beiges clairs, les rouges tendent vers le roux ou le grenat ; il y a des sépias, des bruns acajou, des bleus ardoise ; aucune lumières excessives : douceur automnale au village, mais sans trop de nostalgie. Ses images sont presque sans pathos. Pas de couleur violente ni de distorsions bizarres.

- Pas d’expressionnisme. Ouf !

- C’est ça. Faigenbaum ne nous déverse pas ses émotions, les soubresauts de sa biographie ni ses tourments métaphysiques.

- Je comprends,  il laisse advenir.

- Mieux, il fait advenir… la présence du moment. Et puis tu remarqueras qu’elles sont choisies sur plus de dix années, comme si elles avaient « pris leur temps ». Il préfère les poses aux instantanés et quand il s’agit d’un événement, d’un geste, il est si banal qu’on le pense fréquent. Les personnages photographiés par Patrick Faigenbaum, une femme, un enfant, une grand-mère, un berger… semblent souvent absorbés. Leur intériorité affleure. On pense à Manet ou au Gilles de Watteau perdu dans ses pensées. Un peu absent du monde.  Mais si tu ajoutes les compositions de fruits, figues, pêches, raisins, c’est à Chardin qu’on pense, à ses dernières natures mortes après « L’enfant au toton » ou « L’apprenti dessinateur ».

- Ça y est, nous voilà dans la peinture ! Mais ce qui fait la peinture comme art c’est la peinture comme matière.

- Pas seulement, c’est aussi toute son histoire. De toute façon, là, la matière du papier joue aussi un rôle considérable : elle donne texture aux couleurs et te touche assez intimement, en même temps qu’elle t’éloigne de la fascination nostalgique pour le sujet.

- Bon, j’y cours.

- Ah oui j’oubliais : c’est beau. Pas joli : vraiment beau. Je veux dire que ça ravive du vrai en soi qu’on risque toujours de laisser dépérir.


Photo:
Pêches, prunes et citron. Santulussurgiu, 2005 (1). c-print 81 x 68 cm
Edition 2/3   Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris

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Published by le Cep AVEC - dans Paul & Mick
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