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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 07:15

Spirituelles "TRACES du SACRé" ?

"Ehi ehi sina sina" Huang Yong Ping, 2006


Paul : T’as vu ça ? Une expo qui s’intitule « Traces du sacré » où il n’est question que de la mort de Dieu ! Faut arrêter : y a rien de sacré là dedans ! Pire, c’est scandaleux de montrer des œuvres blasphématoires… Franchement, je m’attendais pas à ça !

Mick : Ah ouais ? Moi, je trouve que c’est une exposition intelligente, importante, avec des faiblesses, des choix un peu étonnants, mais une grande expo que les chrétiens se doivent de ne pas rater.
- M’enfin, il n’y a qu’une p’tite section qui s’appelle « L’art sacré » tout le reste n’a rien à voir avec la religion.
- Tu veux dire la religion catholique ?
- Ben… oui.
- Le sacré ne relève pas forcément des religions, a fortiori pas de la religion catholique. Au contraire, même. Soyons précis. En l’occurrence « l’art sacré » n’est sacré que par son contact plus ou moins étroit avec la liturgie des sacrements. Sans prétendre donner LA définition définitive d’une notion riche et ambiguë, le sacré c’est ce qui est séparé, réservé, interdit ; ce dont se distingue le profane (de pro-fanum = devant le temple). Dans la Bible, « sacré, ieros » n’apparaît que dans des noms propres ou pour désigner le Temple. Et dans le Temple, le plus sacré c’est le saint (agios), le saint des saints, la dernière pièce, le sanctuaire. Elle est séparée par un rideau et réservée au grand prêtre. Donc, sacrée.
- Et alors ?
- A la mort de Jésus, alors qu’il « livre l’esprit » le rideau de séparation entre le sacré et le profane, « le voile du sanctuaire se déchire en deux, de haut en bas » (Mt.27,50-51). Par sa mort et sa résurrection, il désacralise le temple de pierre pour lui substituer son corps ressuscité, c’est-à-dire nous, les vivants. Et son corps et sa vie, par l’eucharistie, il les donne en communion à ses disciples pour la multitude. Plus rien n’est sacré… sinon le cœur et l’âme de l’homme, ce ciel où Dieu réside.
- Mais c’est fondamental, le sentiment du sacré. Au contraire, par la messe, toute la création est sacrée aux yeux d’un chrétien !
- D’accord avec toi pour dire que tout peut conduire à Dieu, mais je n’adore pas la matière, j’adore « l’auteur de cette matière qui s’est fait matière pour moi, a pris domicile dans la matière et par la matière a accompli mon salut » comme le rappelle Fabrice Hadjadj en citant le Traité des images de Jean Damascène.
- Ah, t’as lu Art Press 2 ! T’as vu qu’ils l’ont appelé : « Le sacré, voilà l’ennemi ! »
- Ben, c’est cohérent avec leur conception d’un art subversif, qui bouscule les normes et combat toute idolâtrie. En ce sens, ma foi peut s’y retrouver mais, avec foi, c’est le « spirituel dans l’art » que je préfère chercher.
- Qu’est-ce que ça change ?
- Le spirituel renvoie, lui, à toutes les figures de l’Esprit Saint répandu sur la multitude : le souffle, l’air et l’espace, le feu et le vent, l’eau, la colombe, la légèreté, la liberté et l’amour, la sagesse… pourquoi pas les mots d’esprit. D’abord dans la relation que j’entretiens avec une œuvre, dans l’œuvre elle-même et puis dans l’artiste…
- Surtout s’il a le « feu sacré » !
- C’est un mot d’esprit ?
- Laisse tomber. Mais qu’est-ce que tu fais de ces pièces qui tournent ta foi en dérision ou qui veulent « en finir avec le jugement de Dieu » (Antonin Artaud) ?
- Je ne les aime pas. L’une ou l’autre me choque ou me blesse. Mais peu. « La messe pour un corps » de Journiac a mal vieilli et fait presque sourire. Le « Piss Christ » de Serrano dépasse à peine le niveau d’une publicité. Quant aux hurlements d’Artaud, je les respecte : il est de ceux qu’une morale étroite a poussé vers la folie.
- Mais on est en plein blasphème !
- Jésus lui-même a été condamné pour blasphème. « Alors le Grand Prêtre déchira ses tuniques et dit : «Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Vous avez entendu le blasphème; que vous en semble ?» Tous prononcèrent qu'il était passible de mort. Et quelques-uns se mirent à lui cracher au visage, à le gifler et à lui dire : «Fais le prophète!» Et les valets le bourrèrent de coups. » (Mc.14,63-65) Il est bafoué, j’ai envie de dire « encore et toujours » On le frappe, Juifs et Romains lui crachent dessus et le tournent en dérision (//Mc.15,19-20) Ce que Fra Angelico n’a pas manqué de donner en méditation à ses frères du couvent San Marco.
- On dirait que t'es content ?!
- Non. Mais d’une manière générale, ces quelques œuvres très datées ne sont pas gratuitement provocantes ; elles réagissent à la souffrance insondable liée aux deux guerres mondiales, à Auschwitz et à Hiroshima, en se retournant contre un dieu manipulateur dont l'Eglise a pu parfois donner l'image. Ce que montre bien la dimension historique de l’exposition. En revanche – si j’ose dire - les dernières salles me suggèrent que ce temps peut, malgré tout, être dépassé.
- Ah bon !? On n’a pas vu la même expo ou quoi ?!

(à suivre)

TRACES DU SACRÉ Centre Pompidou, Galerie 1, jusqu’au 11 août

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Published by le Cep AVEC - dans Paul & Mick
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