Vendredi 26 octobre 2007

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II - "De pouvoir voir le visage de Dieu dans un tel trou à rat."

 En quoi cette série se distingue-t-elle ? Dans le fait qu'elle met le spectateur en constant déséquilibre. Au lieu de désigner un héros, un personnage à qui s'identifier facilement, sans être gêné, qu'on retrouvera avec sécurité au prochain épisode, elle fait défiler un nombre incroyable de caractères, tous plus cruels les uns que les autres. Impossible de savoir qui va rester en vie jusqu'au bout de l'épisode, puisque l'activité principale dans la prison est de survivre. C'est sans doute la série qui a fait le plus de morts (fictifs) car les décès sont très souvent plus d'un par épisode. Pas de figure plus attirante que l'autre, plus sympathique.

Il existe deux punitions à Emerald City qui impliquent toutes deux la question du regard. L'une est la cellule d'isolement, cellule complètement vide, sans matelas, sans toilettes, où les prisonniers sont envoyés, mis à nus, ne communiquent avec personne, la nourriture arrive par une fente, la lumière n'entre pas. Même si à Oz on risque sa vie à chaque seconde, les prisonniers préfèrent être au milieu de tous qu'à l'écart, où ils n'existent plus, comme au théâtre où le "pouvoir" appartient à celui qui occupe l'espace de la scène. En isolement, les hommes s'autodétruisent. La deuxième punition est une cage placée au milieu de l'unité d'Emerald City, où, comble de l'absurde le prisonnier puni est exposé au regard de tous. Surexposé alors, centre de l'attention et de la haine, bouc émissaire pour un moment ?  
Etrangement, l'architecture de la prison fait parfois penser à une église: des portes en arches, des couloirs à peine éclairés, des fenêtres en longueur avec des vitraux qui ne laissent presque pas passer la lumière. Beaucoup de question sur Dieu sont par ailleurs soulevées car dans un endroit où les notions de bien et de mal sont déplacées voire inexistantes, que devient Dieu? Ainsi, ces hommes écartés par la société se sentent abandonnés par Dieu, malgré les efforts des deux religieux faisant partie du personnel de la prison (une religieuse et un prêtre catholiques) pour les soutenir. La beauté de cette série est de faire ressortir de manière beaucoup flagrante ce qui est grand et beau chez l'homme. Car lorsque quelque chose de positif arrive, c'est un étonnement émerveillé qui se manifeste chez le spectateur, de quoi garder un peu d'espoir devant les actes de criminels qu'il faut pourtant voir comme des créatures de Dieu :

          Un prisonnier : « Mon père. Où était Dieu quand mon fils est mort ? »

          (Un temps de silence.)

          Le prêtre : « Là où Il était lorsque Son propre fils est mort. »


Charlotte

par le cep AVEC publié dans : VU
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