I - "... pour nous, trouver la lumière prend du temps."
Pourquoi se pencher sur une série télévisée? Est-ce pour répondre à la mode qui met sur un piédestal nombre de ces objets visuels? Pour être
franche, je crois qu'il est difficile d'ignorer ce format puisque depuis quelques années, il concurrence le cinéma et touche bien plus de spectateurs que le grand écran. Les chaînes américaines
l'ont compris, apparemment pas les chaînes françaises. Les auteurs de scénario s'en donnent à coeur joie et créent des dizaines de séries par année, les chaînes rivalisent de diversité,
d'originalité et certaines de provocation. On peut se poser la question de savoir si la télévision ne devient pas un lieu nouveau de liberté créative, en comparaison avec ce que nous proposent
les productions cinématographiques.
Parmi toutes ces séries, une se distingue particulièrement à mes yeux. Elle n'est pas récente puisque le dernier épisode a été diffusé il y
a 4 ans. Cette série a réuni très peu de spectateurs par rapport à d'autres bien plus accessibles. Elle a pour nom OZ, en référence au film Le Magicien
d'Oz, une référence pervertie puisqu'en réalité, Oz est le nom raccourci du centre pénitencier à haute sécurité d'Oswald. Faut-il
rappeler qu'Oswald est entre autres le nom du meurtrier du président Kennedy? Faut-il lire par là que les prisonniers qui se trouvent à Oz sont ceux qui tuent l'image parfaite que l'Amérique aime
se représenter d'elle-même? C'est fort probable. Car comme JFK tenait le rôle du président progressiste, séduisant défenseur des valeurs de liberté, l'image parfaite d'une Amérique réussie,
Lee Harvey Oswald a vu se retourner contre lui toute la haine du monde pour avoir assassiné ce rêve. C'est sous son parrainage qu'existe donc Oz, au sein de laquelle une unité expérimentale a été
créée. Encore une référence au Magicien d'Oz, puisque ce quartier a été
baptisé Emerald City, vous vous souvenez, la fabuleuse cité d'émeraude où résidait le mystérieux magicien? Sauf qu'il ne s'agit pas d'un pays enchanteur où une jeune fille à couettes sautille en
chantant, mais d'un lieu où chaque cellule est vitrée. A Emerald City, on voit tout. L'une des problématique principale de la série est celle du regard. Paradoxalement, on en voit trop, en tout
cas, plus que ce qu'on voudrait. D'où la violence de la série.
Alors que ces hommes sont en prison, isolés du regard des gens, une fois qu'on pénètre à l'intérieur, les murs sont transparents, révélant
absolument tout de l'intimité des détenus, de leurs sentiments, de leurs gestes. Et on voit s'étaler devant nous l'échec de l'Amérique. Car le "melting pot" ou "salad bowl" est ici forcé.
L'Amérique aurait voulu une société nouvelle où tout homme quelles que soient sa couleur de peau et son origine sociale pourrait vivre en harmonie avec autrui. Et pourtant, les villes sont
divisées en quartier où chacun vit avec les siens, ceux qui partagent les mêmes racines. Dans la prison, inévitablement, on retrouve ce réflexe de groupe, les Musulmans, les Irlandais, les
Latinos, les Aryens, les Italiens, les travestis, les Noirs... Et pourtant, tous ces hommes ont été réunis là parce qu'on les considère comme appartenant (je cite) à la "même espèce", celle
des criminels.
(à suivre)