Samedi 24 novembre 2007

Déluge de photos

 Paul : Tous les jours je passe dans les coins les plus touristiques de Paris, et c’est fou le nombre de photos prises par minutes ! Mais que vont devenir tous ces clichés : Papy devant la pyramide du Louvre, Takeshi et maman devant l’arc de triomphe, Hortense qui mange une barbe à papa place de la Concorde, etc.

Mick : Oui, le numérique fait exploser la quantité d’images enregistrées et fixées. Là, au moins, il y a de la croissance. Exponentielle !

- C’est peut-être parce que c’est novembre et qu’on prend l’habitude d’en faire le mois de la photo… Snobisme ou exotisme en plus, Paris-Photo et Photoquai en rajoutent une couche. On consomme, on consomme, des photos petites dans nos magazines et nos journaux, et des photos grandes comme des tableaux, dans les rues, sur les quais, et des photos hors de prix dans des cadres… Au secours ! Qu’avons nous fait pour mériter ce déluge ?!

- Ce qui est excessif perd de sa force. Comment dire encore que la photo est un art ?

- Si tout le monde prend des photos, on peut au moins dire que cette pratique renvoie à une expérience partagée. Ce qui devrait qualifier notre regard.

- Evidemment, il n’y a plus besoin de savoir faire, c’est une machine qui fait le travail pénible.

- Oui, mais ça veut dire que la représentation, la mimesis, n’est plus un but de l’art mais son matériau. Et la fonction document de la représentation peut céder la place à la seule présentation ; et la question du sujet à l’esthétique.

- Waouh, dis donc, papy devant la pyramide n’avait pas dû songer à ça.

Paysages désertés.

Qu’est-ce que t’en sais ?! Pour une semaine encore, toi, en tout cas, tu peux y réfléchir en allant boulevard Raspail. Au 261, la Fondation Cartier expose au sous-sol Robert Adams ; en face, au 268, la galerie Camera Obscura expose Michael Kenna.

- Deux anglo-saxons ?

- Un états-unien et un anglais. Des photos en noir et blanc de format modeste, toutes éditées en livres, et pour sujet, des paysages sans figures humaines. Mais deux univers quasi diamétralement opposés.

- En quoi ?

- Il faut regarder de près. Robert Adams présente des photos rectangulaires sur papier brillant. Des photos pauvres, sans affèterie, des enregistrements, des constats. C’est le sujet qui compte, je dirais même plus c’est l’idée qui importe. D’un côté…

- Tu oublies de dire que l’expo s’intitule « On the edge »

- Oui. Sur la côte Ouest des Etats-Unis, en regardant vers l’Est, Adams photographie la déforestation : une forêt détruite par la technique de la « coupe claire. »

- C’est plus un paysage sans figures, c’est un paysage défiguré !

- En regardant vers l’Ouest…

- Un nouveau Far West ?

- Eh oui, c’est leur mythe. Là, c’est l’océan, sublime, intact (Faudrait vérifier…)

- C’est très manichéen. Face à la nature vierge de l’océan, l’enfer d’une humanité qui détruit son environnement. Le propos se voudrait politique, ça paraît surtout prêchi prêcha : on dirait du Michael Moore !

- Attends un peu. On va traverser le boulevard et entrer dans la galerie Camera Obscura pour regarder le travail de Michael Kenna. Mêmes sujets, des paysages sans figures humaines, mêmes photos noir et blanc, mais de format carré, sur un papier satiné, on dirait « velouté » Et cette fois la trace d’humanité, c’est souvent l’architecture. Chez Michael Kenna, l’homme construit…

- Comme chez Adams, il détruit.

- Et, là, l’expo s’intitule : « Spiritual places. » Pendant une quinzaine d’années, Kenna a photographié le Mont Saint Michel, par tous les temps, sous tous les angles, à toutes les heures, reflété dans une flaque, estompé par le brouillard…

Et tu comprends que ce n’est pas des photos souvenirs… Y a pas Hortense en train de manger sa barbe à papa. Non, je rigole..! Tu n’as pas dit qu’au sous-sol il y a aussi des photos prises à Hokkaido ou sur l’île de Pâque.

- Et toujours le format carré, une forme primaire universelle, emblématique de la terre, qui extrait de la narration et de la description, des rythmes essentiels, des sensations riches d’ambiguïtés.

- Qu’est-ce que tu-veux dire ?

- Tel paysage ressemble au ventre d’une femme, tels piquets émergeant de la neige à des notes de musique sur une portée… Tout, sauf anecdotique.

- Alors, si j’ai bien compris on a d’un côté du boulevard l’esthétique et la noble contemplation de Kenna, de l’autre la politique et le trivial débat éthique d'Adams..?

Divertissement/avertissement

- Sauf que, mon grand, le débat éthique émet un avertissement qui ne manque pas de noblesse et que l’esthétisme peut virer au divertissement ornemental pour chambre de petite fille. On va éviter de tomber à notre tour dans le manichéisme. Le refus d’esthétisme de Robert Adams se justifie, il représente une certaine ascèse dans sa manière de photographier. Quant aux belles images de Kenna, c’est quand elles effleurent l’abstraction qu’à mon goût, elles ouvrent réellement – mais en nous – une « spiritual place » ! 

● Michael Kenna « Spiritual places »Jusqu’au 1 décembre 2007 à la Galerie CAMERA OBSCURA

268, boulevard Raspail 75014 Paris Tél : + 33 1 4545 6708 http://www.galeriecameraobscura.fr/

 

Robert Adams « On the edge » Jusqu’au 27 janvier 2008 à la Fondation Cartier

261 boulevard Raspail 75001 Paris http://fondation.cartier.com/main.php?lang=1&small=0

 

par le cep AVEC publié dans : Paul & Mick
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Mardi 6 novembre 2007

Copie-de-IMG-0040.jpg


Depuis bien longtemps l’art s’ingénie à travailler le temps. La représentation simultanée des étapes d’une vie de saint en une même image, des écrits ornementés d’entrelacs, la condensation de plusieurs angles de vue ou la décomposition  des mouvements d’une seule figure contribuaient à ralentir ou accélérer le rapport de l’observateur au temps. Avec le cinéma, le temps – découpé, ralenti, accéléré - devient un médium à part entière. Au tout début du 20ème siècle, Marcel Duchamp nomme ses tableaux, des « retards ».

Comme à l’église !

Aujourd’hui dans la course au toujours plus, dans la prolifération des représentations, plusieurs artistes fabriquent des images sobres qui distillent le temps. L’un d’eux, David Claerbout, façonne le médium contemporain de l’image numérique. Il présente au Centre Pompidou, parmi cinq projections : Sections of a Happy Moment (2007) qui m’a retenu immobile de longues minutes. Un visiteur me regardant agenouillé sur la moquette a même murmuré : « …comme à l’église ! »

Pourquoi le cacher : il émane de cette œuvre quelque chose de rare, de précieux, de magique. Cette impression repose sur un stratagème simple : photographier sous une centaine d’angles un même fragment d’instant. Heureux.  Forcément évanescent. Le temps s’arrête, suspendu à un ballon en l’air. Ces deux enfants qui jouent au milieu de leur famille, dans une architecture  sans âme, m’invitent à savourer le cadeau de l’instant présent. Comme un présent.

Et vous, que dites-vous ?

Mais la multiplicité des « points de vue » manifeste l’ouverture de l’événement – ô combien anecdotique – sur une multitude d’interprétations. Rien ne se fera sans moi.  Sans nous. Les autres oeuvres : The Stack, 2002, Bordeaux Piece, 2004, Shadow Piece, 2005, et Long Goodbye, 2007 méritent l’attention.

Prévoyez de leur consacrer du temps. Evidemment !

par le cep AVEC publié dans : la chronique de Paris Notre-Dame
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Vendredi 26 octobre 2007

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II - "De pouvoir voir le visage de Dieu dans un tel trou à rat."

 En quoi cette série se distingue-t-elle ? Dans le fait qu'elle met le spectateur en constant déséquilibre. Au lieu de désigner un héros, un personnage à qui s'identifier facilement, sans être gêné, qu'on retrouvera avec sécurité au prochain épisode, elle fait défiler un nombre incroyable de caractères, tous plus cruels les uns que les autres. Impossible de savoir qui va rester en vie jusqu'au bout de l'épisode, puisque l'activité principale dans la prison est de survivre. C'est sans doute la série qui a fait le plus de morts (fictifs) car les décès sont très souvent plus d'un par épisode. Pas de figure plus attirante que l'autre, plus sympathique.

Il existe deux punitions à Emerald City qui impliquent toutes deux la question du regard. L'une est la cellule d'isolement, cellule complètement vide, sans matelas, sans toilettes, où les prisonniers sont envoyés, mis à nus, ne communiquent avec personne, la nourriture arrive par une fente, la lumière n'entre pas. Même si à Oz on risque sa vie à chaque seconde, les prisonniers préfèrent être au milieu de tous qu'à l'écart, où ils n'existent plus, comme au théâtre où le "pouvoir" appartient à celui qui occupe l'espace de la scène. En isolement, les hommes s'autodétruisent. La deuxième punition est une cage placée au milieu de l'unité d'Emerald City, où, comble de l'absurde le prisonnier puni est exposé au regard de tous. Surexposé alors, centre de l'attention et de la haine, bouc émissaire pour un moment ?  
Etrangement, l'architecture de la prison fait parfois penser à une église: des portes en arches, des couloirs à peine éclairés, des fenêtres en longueur avec des vitraux qui ne laissent presque pas passer la lumière. Beaucoup de question sur Dieu sont par ailleurs soulevées car dans un endroit où les notions de bien et de mal sont déplacées voire inexistantes, que devient Dieu? Ainsi, ces hommes écartés par la société se sentent abandonnés par Dieu, malgré les efforts des deux religieux faisant partie du personnel de la prison (une religieuse et un prêtre catholiques) pour les soutenir. La beauté de cette série est de faire ressortir de manière beaucoup flagrante ce qui est grand et beau chez l'homme. Car lorsque quelque chose de positif arrive, c'est un étonnement émerveillé qui se manifeste chez le spectateur, de quoi garder un peu d'espoir devant les actes de criminels qu'il faut pourtant voir comme des créatures de Dieu :

          Un prisonnier : « Mon père. Où était Dieu quand mon fils est mort ? »

          (Un temps de silence.)

          Le prêtre : « Là où Il était lorsque Son propre fils est mort. »


Charlotte

par le cep AVEC publié dans : VU
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Samedi 20 octobre 2007

IMG-0055.JPG
Une très belle expo, à voir absolument si vous le pouvez. Les œuvres sont très dépouillées. Le vocabulaire plastique est très simple : palette réduite, formes étirées plus ou moins
organiques. Des dessins qui semblent monochromes, mais qui, vus de près se révèlent tout en nuance. La technique est le pliage, intention qui fait apparaître le hasard. Le plus
dépouillé et lisse des noirs se révèle matière, texture, et non simple trait. Des nuances des couleurs apparaissent : le regard fait apparaître la matière. Ces dessins jouent à la fois
du trait, du pochoir et de l’empreinte, font dialoguer, vide et plein, couleur et matière. Orozco est sculpteur ; dans ses dessins  il sculpte le vide pour lui  faire prendre corps.
                Une pièce dépouillée, éclairée, naturellement , surprenant par rapport au reste. Il y a « peu » à voir : dans un angle, à la hauteur du regard, des taches que l’on reconnaît
comme l’empreinte d’un visage. Au sol, une sculpture compacte noire porte une série d’empreintes de mains. Sur un socle blanc, une autre, aux mêmes matériaux et couleurs,
porte aussi une série d’empreintes  de mains. On y reconnaît la forme d’un bassin humain.
L’œuvre, me semble-t-il, n’est pas seulement dans ces pièces, mais dans la circulation, le souffle entre elles. Cette exposition, ces œuvres-ci, questionnent la présence, l’absence,
la figuration, l’apparition. Elle m’évoque les réflexions sur la capacité de l’art à rendre le mystère de la figure humaine, et aussi celles sur l’Incarnation de Bernardin de Sienne :
l’Infini dans le fini, incontrôlé dans le contrôlé... N’est-ce pas comme dans le pliage.  L’un est lié à l’autre : l’intention  de l’artiste n’est-elle pas parole, pensée, la peinture, une
chair. Ici se dit quelque chose du mystère de l’existence, de la figuration : l’idée, « le verbe »  qui se fait chair.

                Anne

Gabriel Orozco Dépliages, galerie chantal Crousel jusqu’au 20/10, mar-sam 11h-13h, 14h-19h, 1o rue Charlot (3ème)

par le cep AVEC publié dans : VU
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Samedi 20 octobre 2007

Décoratif, Orozco ?

Paul : Je sais pas si ça te fait ça, mais il y a des artistes dont tu retiens une œuvre. Parfois une autre, un autre jour. Et puis on se perd de vue. Les circonstances, sa créativité, nos emplois du temps… C'est le cas pour moi de Gabriel Orozco. J'avais reçu sa célèbre DS  en pleine mémoire. Bing, c'était à la 4ème biennale de Lyon. En 1997 ! Spectaculaire !

Mick : Qu'est-ce que c'était ?
- Imagine la DS Citroën coupée en trois morceaux dans le sens de la longueur, on retire le morceau du milieu et on recolle les deux côtés. Donc une voiture très étroite avec un volant au milieu ! Plus symétrique qu'avant mais inutilisable. Un truc incroyable. Un objet, impossible, impensable… et dont la fabrication a demandé un soin très particulier, des interventions d'un bon niveau technique, un machin inutile et qui laisse songeur.
 
- Tiens, mais ça pourrait s'appeler une œuvre d'art. 
- Oui, mais une "œuvre d'art" n'est pas nécessairement un chef d'œuvre : on attend d'une œuvre d'art autre chose qu'un truc inoubliable.
- D'accord. On aimerait que ça produise en nous autre chose qu'un petit sourire 
- Cela dit, j'ai retenu le nom de Gabriel Orozco. Il est né au Mexique en 1962 
- Et aujourd'hui ?
- Eh bien, tout a changé. Ou presque… Dix ans plus tard, le côté spectaculaire s'est évanoui. Ce qu'il montre, c'est presque rien. Très peu de choses. Des petits formats. De la peinture sur du papier. De la peinture sans pinceau. Comme une tache mais avec des symétries. Plusieurs symétries. On voit bien que la feuille de papier a été pliée. Même sur les bords, comme pour enfermer.
- C'est le test de Rorschach ?
- Oui mon coco, mais on est dans une galerie, les œuvres sont encadrées, sous verre. Du coup, ici, tu n'es ni spectateur, ni patient d'un psy.
- Je suis sûr que tu as quand même interprété.
- Evidemment, et forcément en me projetant. J'ai vu des figures, j'ai cru pouvoir nommer. J'ai cru reconnaître des corps, des replis de peau, des plis de chair, ça évoque des bras, des cuisses, des sexes masculins et féminins. Ça te rappelle que nos corps sont fait de symétries. Mais seulement quelques formes vraiment évocatrices. D'autres formes ont la simplicité originelle des dessins tantriques, emblèmes très purs de l'infini, de l'œuf primordial. Des peintures dont les reflets reçoivent onctions de parfum, d'huiles et d'eau lustrale. Des objets pour les rites, non des œuvres d'art… Ce qu'étaient nos retables, autrefois.
- Je t’écoute, je t’écoute, mais moi aussi, je l’ai vue. J'ai trouvé que c'était décoratif comme un motif de papier peint. Rien de plus. Assez décevant.
- Mais tu n'as pas vu, par endroit la peinture épaisse faire des petites vagues, à d'autres elle paraît diluée, très fine. Ce n'est pas plat comme du papier peint. En fait, on a comme l'enregistrement de la performance, ce qu'est toute œuvre d'art, même si elle cherche à effacer toutes traces… Et puis Orozco décrit le processus, le rite de fabrication : au commencement, une goutte de peinture sur une feuille de papier et « Lorsque la feuille est pliée comme une enveloppe, il s’agit d’un objet, mais lorsqu’elle est dépliée, elle devient une image. Il y a comme un mouvement circulaire entre un objet et une image cachée dans les plis de la matière.»
- Ah ce qui se cache dans les plis..! Je préfère Simon Hantaï pour le montrer; et pour en parler : Gilles Deleuze ( Le pli, collection Critique, Editions de minuit, 1988) Nous même vivons dans ce repli de l'espace qui met face à nous le monde dont nous vivons, comme nous appartenons à la voie lactée que nous voyons au ciel. Les plis de la matière manifestent en image les replis de l'âme, de la conscience…

par le cep AVEC publié dans : Paul & Mick
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Bonjour, Bienvenue :-)

LeCepAVEC

l'aumônerie des Beaux-Arts
et des étudiants artistes
Le Cep
  ? Comme toutes les aumôneries Catholiques Etudiantes à Paris.
C'est aussi une image du Christ :
"Je suis le cep véritable et mon père est le vigneron" (Evangile selon Saint Jean, 15,1)

AVEC ? Comme Arts Visuels, Evangile & Création .

Etudiants d'une pratique artistique  dans tous les arts visuels.

REUNION d'EQUIPE 1 dimanche sur 2
 Prochaines le 4 et le 18 mai.

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