Dimanche 24 février 2008
En bas de la colonne de droite découvrez une nouvelle série de pages : "Formation"
C'est la formation biblique qui inaugure cette série par une "introduction à la lecture de l'Apocalypse"
Bonne lecture !
par le cep AVEC publié dans : lecepavec
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Dimanche 17 février 2008
Matière à croire
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Mick : Et, même avant de parler des figures, il y a la peinture elle même, je veux dire la matière des couleurs. Les fonds opaques, sous la translucidité des figures, dégoulinent un peu parfois. Mais le ciel quasiment toujours bleu uni, dense, saturé comme un ciel d’été, lui, ne dégouline jamais. On dirait même que tout ne tient que par le ciel.
Paul : Le mot « ciel » est étonnant, non ? On en parle toujours comme si c’était quelque chose de déterminé, un couvercle ou un voile, et c’est de l’atmosphère, de l’air que seul l’acuité de mon regard délimite…
- A l’inverse, le ciel, c’est souvent ce qu’il y a de plus consistant, de plus solide, chez Marc Desgrandchamps. Tout ce qui vient après dégouline, s’écoule, se répand, plus ou moins. La peinture extrêmement diluée baigne la toile.
- Tu as regardé la vidéo que propose la galerie Zürcher ?
- Oui, oui, c’est une émission passée sur Arte, un film de Judith du Pasquier où on voit Desgrandchamps en train de peindre. Ce petit film fait œuvre à son tour. Il donne à éprouver l’acte de peindre, le mélange des ces jus colorés, leur écoulement selon la verticalité de la toile.
- Mais pourquoi tu ne dis pas, là, que cette consistance du ciel te parle de la présence impalpable de Dieu ? du créateur qui tient sa création, fidèle dans la mémoire des croyants ?
- Parce que je n’ai pas envie d’arrêter la méditation. Il y aurait encore beaucoup à dire sur « les clichés » et l’usage de la photographie, sur les changements de format, la figure et le lieu… La peinture de MD est plus vaste que cet aspect. Certes, elle est verticale, elle tient debout, et je la crois suspendue au ciel, d’accord, mais je disais tout autant qu’elle « ne tient pas » et cet équilibre en tension lui donne une dynamique vraiment émouvante, c’est-à-dire qui met en mouvement la pensée. Et ce mouvement sollicite la recherche, la quête avec tout ce qu’on est : perception sensible, spiritualité, intelligence rationnelle, mémoires, sentiments… En fait, c’est par cette expérience que tu prononces, toi, le nom de Dieu. Il n’est pas dans la peinture de Desgrandchamps comme dans une idole, mais dans la relation qu’elle rend possible. Qu’elle suscite.
- Qu’elle ressuscite ?
- Arrête, c’est facile !
 
Galerie Zürcher 56, rue Chapon 75003 Paris 01 42 72 82 20
http://www.galeriezurcher.com/
jusqu'au 15 mars, du mardi au samedi de 11h à 19h.
par le cep AVEC publié dans : Paul & Mick
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Mercredi 13 février 2008
Voici "Clin d'oeil", voici la première vidéo du blog, le premier court métrage de Nathalie avec son équipe :
désolé, pas moyen de la mettre en lien, mais allez voir quand même :-) ça vaut la peine
http://www.youtube.com/watch?v=IMR9Ejkq95A
par le cep AVEC publié dans : VU
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Mardi 12 février 2008
L’ intériorité du monde
…/…
Paul : N’empêche que Desgrandchamps, il ne troue pas ses toiles et il ne colle pas d’objets dessus.
Mick : Oui, il accepte les contraintes traditionnelles d’un référent – ce qu’on appelle la représentation - et de la toile tendue sur châssis, du tableau de chevalet. Mais on peut se donner d’autres contraintes, plus étroites en peinture (comme Niele Toroni qui ne laisse que des empreintes de pinceau n°50 espacées de 30cm) ou plus larges en dehors de tout médium (comme Rirkrit Tiravanija qui exhibe des relations sociales) et pourquoi pas trouer sa toile et coller des objets dessus (comme Séphane Pencreac'h). La seule chose qui importe est qu'il y ait art. Mais prenons le temps de regarder plus précisément le travail de Desgrandchamps.
- Ben, pour ce qui est du « sujet », franchement, ça ne raconte rien d’intéressant.
- Non, ce n'est pas "pittoresque" ! Autrefois des scènes de plage, aujourd’hui des cités, dans des bâtiments en béton. Autrefois des serviettes de bain, aujourd’hui une toile de tente, de baraquement. Souvent des tissus rouges ou rayés rouge et blanc qui font penser à l’outil visuel de Buren et qui, là dans les figures diluées injectent un peu de fermeté, de la présence, de la solidité…
- C’est vrai que dans ma mémoire le petit lion en plastique fixé sur le tableau de bord de la voiture de mon oncle, ou cette chemise blanche qui claquait au vent un soir d’orage sont inscrits dans ma mémoire comme des trésors. L’anecdote devient événement. Par attachement, par affection, mais aussi par pur impact esthétique.
- Ce sont des objets de la banalité qui prennent à un certain moment dans une certaine lumière un côté totalement extraordinaire. On retombe sur l’idée de « l’impact du monde » dont parle Maurice Merleau-Ponty et que Desgrandchamps cite volontiers.
- Mais alors, pourquoi ces figures incomplètes et translucides ?
- Il dit lui-même (je le cite) : « Il y a des disparitions - ces corps plus ou moins tronqués ou traversés par l'horizon du paysage - mais qui sont parfaitement réversibles : ce sont aussi bien des " apparitions ". Je les nomme " les délaissements ", un mot qui tente de désigner ce qui parfois surgit dans ces tableaux - une sorte d'état entre la vie et la mort que la peinture peut représenter.»
- D’accord. Mais parfois elles se répètent dans un même tableau.
- Oui, comme dans certaines enluminures médiévales, pour indiquer peut-être le temps qui passe.
- Ah, d’accord. Une autre fois il y avait un diptyque dont les deux panneaux n’avaient pas la même largeur. Pas de centre, pas d’axe de symétrie qui tendrait à fixer, à figer. Au contraire le sentiment d’une cinématique, du déroulement de ces infimes événements qui ponctuent le temps qui passe...
-…et le rendent précieux.
- On en arrive à se dire que ce sont des bribes de mémoire, des images mentales que peint Desgrandchamps. Comme lorsqu’on ferme les yeux : je me souviens et je recompose la réalité, ma réalité, selon des critères assez étrangers aux règles de la perspective… mais une réalité qui se meurt, qui m’échappe et s’efface…
- Alors, c’est l’intérieur, l’intériorité du monde que peint Desgrandchamps ! Génial !
(A suivre)
 
Galerie Zürcher 56, rue Chapon 75003 Paris 01 42 72 82 20
http://www.galeriezurcher.com

par le cep AVEC publié dans : Paul & Mick
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Dimanche 10 février 2008
Peinture vs art contemporain ?
Paul : Eh ben ! On ne t’entends plus en ce moment. Aucun coup de cœur à nous raconter ?
Mick : Je ne vais pas te parler d’un coup de cœur, je vais te parler d’une oeuvre importante. C’est pas la même chose.
- Waouh ! C’est plus qu’une nuance, c’est une distinction.
- En fait, le coup de cœur je l’ai eu, mais il y a une vingtaine d’années. Devant un tableau.
- Forcément ; c’est pas en lisant un manuel qu’on entre dans une œuvre d’art !
- En tout cas pour moi, c’est par un arrêt prolongé, une sorte d’entretien avec un tableau. Et là ç’était dans une exposition collective à la Manufacture des Œillets à Ivry dans les années 85, je crois. Une expo sur la jeune peinture.
- Dis donc, y a 20-25 ans, une expo sur la jeune peinture : c’était vraiment à contre courant. On était encore en pleine « mort de la peinture »
- Aujourd’hui, il n’y a aucun mérité à reconnaître l’intelligence de cette oeuvre : tous les critiques désormais en parlent, de Richard Leydier à Paul Ardenne, de Philippe Dagen à Olivier Cena, de Laurent Boudier à Philippe Sterckx. Il y a eu des expositions personnelles à Lyon, à Strasbourg, au Centre Pompidou à Paris et la galerie Zürcher qui ouvre un espace à New-York y présente ce travail.
- Le nom de l’auteur ?
- Marc Desgrandchamps. Il est né en 1960 et il vit et travaille à Lyon. Et il expose à la galerie Zürcher, 56, rue Chapon dans le 3° arrondissement. Une des petites rues perpendiculaires à la rue Beaubourg. Jusqu’au 15 mars.
- Bon, et alors ? Copie-de-21-st--2007--ht-200x150-copie-1.JPG
- Rapidement. Ses tableaux sont facilement reconnaissables, il peint des figures humaines, incomplètes, dégoulinantes et transparentes sur un fond plus ou moins consistant. La nouveauté pour cette expo, c’est l’apparition d’un paysage urbain, architecturé, mais tout aussi banal et aussi peu pittoresque que les plages de sable fin ou les campagnes qu’il peignait avant.
- Marc Desgrandchamps est donc un peintre figuratif ?
- Oui, oui. On identifie un horizon, des personnages et on peut souvent nommer des objets. Mais, il faudrait qu’on puisse un jour dépasser cette question du figuratif qui me fait un peu peur.
- Pourquoi ?
- Parce que je crains qu’elle ne révèle un désir un peu réactionnaire de retour à l’ordre. Du style : « Après les artistes voyous qui ont tout cassé, heureusement il y a un retour à la sage figuration, à la vraie peinture comme autrefois » ?
- Tu me traites de vieux réac. ?
- Vieux ou jeune, la fibre réactionnaire est sans âge. Mais, ce n’est pas du tout ça. Marc D. peint bien dans la grande tradition de l’art de peindre. Il peint effectivement des figures sur un fond Et, comme dans la grande tradition : ça ne marche pas, ça ne tient pas. C’est truffé d’incohérences. Il faudrait accepter de voir que, depuis toujours, la grande peinture, l’art vraiment créatif donne à percevoir des tensions. Il faut accepter de voir que la Vierge de Fra Angelico ne tient pas debout dans sa loggia.
- Que le saint Matthieu du Caravage va tomber de son tabouret, à Saint Louis des Français (Rome)
- Que, peint par Philippe de Champaigne, le Christ mort a des plaies vivantes, la poitrine gonflée de souffle et que sa couronne d’épines ne tient droit que – si j’ose dire – par l’opération du Saint Esprit.
- Oui, et que les pommes de Cézanne vont rouler sur la table en pente et qu’il faudrait voler comme une libellule pour contempler des nymphéas comme Monet a fini par les peindre après 1920.
- Eh bien ce sont justement ces incohérences, ces tensions qui contribuent à faire l’art, un art authentiquement créatif qui émeut la pensée. Et plus encore, la peinture de Marc Desgrandchamps est une peinture qui a traversé le 20° s, elle ne contourne pas l’action painting, elle connaît Support-Surface et le travail in situ de Daniel Buren. Ce n’est pas une peinture contre l’art contemporain – grand Dieu, qu’est-ce que ça voudrait dire !? – elle est art contemporain. La peinture de Marc Desgrandchamps n’est pas un retour en arrière, elle assume un passage par la rupture du 20° siècle.
(A suivre)
par le cep AVEC publié dans : Paul & Mick
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