Mercredi 16 avril 2008

L’homme qui inventait l’art 3

Paul : Tu parlais du réemploi...
Mick : Il y a même des petites peintures achetées aux Puces” ou bien trouvées . Laissées pour compte.
- « La pierre qu’on rejeté les bâtisseurs est devenue pierre d’angle… »
- « …c'est là l'œuvre du Seigneur, une merveille à nos yeux » dit le Psaume.
- Et les évangiles y reconnaissent Jésus.
- Oui, on ne peut s’empêcher d’y penser. C’est fréquent – j’ai envie de dire : depuis Schwitters – mais Buraglio construit ainsi du nouveau en « tissant » des fragments anciens. Il n’y a plus de toiles blanches !
- Oui, oui. Tout est palimpseste. Encore un mot savant qu’affectionne l’art contemporain.
- Mais les fragments sont parfois tellement hétérogènes..! Des paquets de gauloises, des plaques émaillées, des tableaux et des rubans de masquage.
- N’empêche qu’il leur donne une nouvelle homogénéité en les articulant.
- « Articuler » c’est composer, avec la même étymologie que le mot « art »
- On est très bons !
- A l’inverse il sélectionne dans les tableaux de ses maîtres des figures qu’il garde comme des refrains : l’effigie de la Peinture de Poussin, et surtout les baigneurs de Cézanne et de Seurat, et même de Piero.
- Et la tête d’Apollinaire blessée, bandée … La bande Velpeau fonctionne comme un ruban de masquage..
- La tête est « caviardée » elle aussi, biffée, niée. Superbe !
- Pourquoi « superbe » ?
- Parce qu’il y a là une image de la tragique difficulté d’être en même temps que la racine du désir majeur d’un créateur tellement jeune, tellement créatif !
- Ça on ne peut pas dire : Buraglio, il ne radote pas ! T’as remarqué ? L’expo consacrée au passé « dans le fonds. » commence par une minuscule et s’achève par un point. Celle consacrée au présent commence par une majuscule et s’achève par des points de suspension : « C’est alors que… »
- C’est vrai. Du nouveau surgit. Certes, il y a désormais la présence d’une figure, la sienne, identifiée par sa cravate. C'est aussi lui qui apparaît. Comme une nouvelle naissance sur la montagne : « Sainte Victoire » ! Victoire sainte. A la place de la croix du Golgotha qui caviardait le ciel.
- Tu crois pas que tu vas un peu loin ?
- Moi, j'te dis qu’il y a de la renaissance dans l’air. Dans l’art.

 

« dans le fonds.»(1966-1997) jusqu’au 30 04

Galerie Jean Fournier, 22, rue du Bac 75007 Paris

http://www.galerie-jeanfournier.com

 « C’est alors que... » (1998-2008) jusqu’au 30 04

Galerie Marwan Hoss 12 rue d'Alger 75001 Paris

http://www.marwanhoss.com/edito.html

 

 

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Vendredi 11 avril 2008
QUAND LE CINEMA MET EN SCENE LE REGARD

Jean Renoir, LA REGLE DU JEU


Projection de séquences + discussions, débat + Buffet

 

Une rencontre avec l’aumônerie catholique des Beaux-Arts
et des étudiants artistes

JEUDI 17 AVRIL 2008

A PARTIR DE 19 h. 30

5 rue de l’Abbaye 75006 Paris

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Mercredi 9 avril 2008

Le Cep 7ème ART

Rencontres étudiantes autour d’un film animées par le père Michel Brière
le second samedi de chaque mois.

 

Samedi 12 avril 2008 à 10h30

GHOST DOG, la voie du samouraï

Jim Jarmusch - 1999– 110’

 

On ne sait presque rien de ce samouraï hip-hop. Une photo de femme, le souvenir d’un mort, un ado tabassé… Sur le rap de RZA, il se déplace comme un fantôme, léger. Il communique au-delà des langues, avec son meilleur ami, en phrases énigmatiques et par pigeons voyageurs. Sinon, le silence :

"La meilleure attitude à avoir à l'égard de la parole, c'est de n'en pas user." (Maître zen)

C’est un tueur doux. Un in-humaniste, tellement humain. Bien en chair… Forest Whitaker l’incarne magistralement. Le prophète d’une nouvelle tradition transmise par les femmes..? Un mythe, une nouvelle légende pour le XXI° s. ?

 

Cinéma l’Arlequin
76 rue de Rennes 75006 Paris

M° Saint-Sulpice
Ouvert à tous. Entrée 6 €

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Lundi 7 avril 2008
LA RONDE DE NUIT Peter Greenaway

Difficile de faire la critique d'un tel film. Très maîtrisé, volontairement expérimental (rien qu'à la façon artificielle dont jouent les acteurs, on reste un peu interloqué pendant les premières minutes), appuyant sur la beauté des images vraiment magnifiques, ce film peut agacer par sa recherche si évidente de perfection. Pourtant, il y a plus que la recherche d'une composition de plans sans défauts. 

Il y a dans La Ronde de Nuit une réflexion sur la mise en scène.La première scène par exemple trompe le spectateur qui pendant quelques minutes se demande s'il est en train de regarder du théâtre filmé.  Les personnages s'adressent directement à la caméra, on reste parfois surpris du registre utilisé pour interpréter certains sentiments. On est souvent en plan d'ensemble ou large comme assis devant la scène de théâtre.
"All the world's a stage", dit justement un personnage de comédien. Rembrandt se bat contre la comédie et le mensonge des bourgmestres qu'il peint. Pour lui tout est spectacle, prétexte à la peinture. C'est le spectacle que le peintre accuse et c'est le spectacle qui lui fournit son travail. Alors que Rembrandt fige les visages des grands de Hollande, Peter Greenaway redonne vie aux tableaux. Je ne m'étendrai pas sur la métaphore rebattue de la toile du tableau et de l'écran de cinéma.

Rembrandt compose ses tableaux de manière à parler à celui qui le regardera, on le voit choisir les couleurs, les vêtements, les places de ses modèles. La lumière découvre peu à peu une scène, transforme l'espace, modèle une atmosphère. Si on observe bien, on peut remarquer que plusieurs lieux du film sont situés dans le même décor, seulement, il est éclairé différemment, il est utilisé plus ou moins largement.

Ce que cherche Rembrandt, qui craint plus que tout de devenir aveugle, c'est la lumière. Qui éclaire-ton? Comment éclaire-t-on un tableau? Où place-t-on la couleur? Il faut voir cette scène onirique d'ouverture où Rembrandt demande à sa servante de décrire les couleurs à un aveugle pendant qu'elle ouvre les volets de sa chambre. La question est posée : comment ouvre-t-on l'esprit des spectateurs? Comment fait-on naître les émotions par l'image?
Selon l'emplacement et l'utilisation de la lumière, notre perception est différente. Greenaway a bien choisi de traiter un tableau dont le titre contient le mot "nuit". C'est la maîtrise de la lumière qui fait du peintre, du cinéaste, un grand artiste, parce que c'est cette lumière qui montre ce que nous n'avions pas vu, qui invente des mondes et recompose des univers, qui éclaire un personnage sous un angle imperceptible auparavant.
Enfin, c'est cette lumière qui nous montre la vérité (une enquête criminelle est prétexte au film).
Cela vous rappelle-t-il quelque chose?

Charlotte
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Vendredi 4 avril 2008

L’homme qui inventait l’art 2

 

Mick : J'aime bien le verbe « inventer. » Comme on dit « l'inventeur d'un trésor ou d'une grotte » pour celui qui découvre.
Paul : Comme la grotte Chauvet porte le nom de son inventeur ?
- C'est ça. Inventer signifie d'abord «découvrir» et ensuite créer. La création artistique «invente», en réalité. Le travail d'un artiste c'est découvrir ce qui précède et créer du radicalement neuf, souvent dans un même mouvement.
- Mais dire de Buraglio qu'il est en train d'inventer l'art, c'est excessif, non?
- Ecoute, c'est une expression que je n'emploie guère. Pour l'instant, uniquement en parlant d'Ariane Mnouchkine au théâtre et de Buraglio.
- C'est vrai que ses dessins d'après... indiquent comme une découverte de ce qui précède.
- C'est ça. Peu à peu, pas à pas, Pierre Buraglio dessine «sur le motif» comme disait les impressionnistes, sauf que son motif à lui c'est la peinture: Poussin et Ph. De Champaigne, Jean Hélion et Matisse, Cézanne et Piero de la Francesca, Duchamp et les surréalistes, en ne cachant pas son admiration pour Aillaud et Hantaï...
- Mais il les troue. Il découpe des morceaux, il rature. Il caviarde une ligne de Cézanne comme les inscriptions dans son agenda. Pour dire que c'est passé, dépassé?
- Peut-être. Et puis sacraliser c'est souvent embaumer. Ainsi retravaillé, l'art de Poussin, de Cézanne ou de Piero n'est pas momifié, muséifié, mais fécondé.
- Et, en même temps, il recadre et encadre.
- C'est sa renaissance à lui.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Né en 39, fils d'un architecte, il est devenu peintre. Il a participé activement à l'atelier qui sérigraphie aux Beaux-Arts les affiches de Mai 68. Mais de 69-74 il arrête de peindre et travaille comme rotativiste. Et c'est un militant «gauchiste» En 74, le mythe Buraglio veut qu'il accroche au mur, dans un geste fondateur, une fenêtre récupérée.
- Mais, c'est un ready made, ça?
- Mieux que ça. C'est là, qu'interviennent la Renaissance et le texte fondateur de L.B. Alberti, le «De Pictura»: « Je trace d'abord sur la surface à peindre un quadrilatère de la grandeur que je veux... et qui est pour moi une fenêtre ouverte par laquelle on puisse regarder l'histoire.» Mais là, ce qu'on voit par la fenêtre réelle, c'est l'espace réel d'exposition et de perception: là où j'observe.
- Ça devient un équivalent du coup de couteau donné dans la toile par Lucio Fontana! Je commence à comprendre où tu veux en venir... En plus, au lieu de prendre ses ready made au BHV, il les récupère dans son atelier: cadres de sérigraphie, rubans de masquage, ses paquets de Gauloises...
- Seulement, au lieu de parler de ready made, il parle simplement de réemploi, ou bien plus modestement encore, il dit «accommoder les restes.» Toujours, une grande économie de moyens. Ce que le pain perdu est à la pâtisserie !

(à suivre)

  « dans le fonds.» (1966-1997) jusqu'au 30 04 Galerie Jean Fournier, 22, rue du Bac 75007 Paris
http://www.galerie-jeanfournier.com

 « C'est alors que... » (1998-2008) jusqu'au 30 04 Galerie Marwan Hoss 12 rue d'Alger 75001 Paris
http://www.marwanhoss.com/edito.html

par le Cep AVEC publié dans : Paul & Mick
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Bonjour, Bienvenue :-)

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