L'Angle Mort
(Lire le Discours dans les PAGES en bas à droite de l'écran)
De la forme.
Les premières réactions
viennent souvent de la méconnaissance d'un genre littéraire convenu et qui parait assez éloigné de la culture du monde de l'art. Certaines manifestent brutalement une déception, en particulier
après la lettre de Jean-Paul II : "Benoît XVI ne se mouille pas trop. Il
ne fait que citer, d'un bout à l'autre d'autres personnes (pas inintéressantes, certes, mais il faut savoir si on fait une revue de presse ou si on parle aux artistes en son nom propre).
Et puis, ça reste toujours dans les limbes célestes bien au-dessus de nous autres humbles mortels. J'ai juste l'impression de relire mes cours de philo sur la beauté. Il ne dit rien de nouveau,
et rien de spécialement encourageant pour les artistes à aimer l'Eglise. Je ne sais pas trop quel but a cette lettre. Uniquement dire pour la forme "on vous aime toujours les artistes" ?
.../...QUE L'EGLISE ABANDONNE LA LANGUE DE BOIS !! (oups, cri du coeur)"
Richesse du discours.
Une
fois dépassée la question du langage, apparaissent des questions sur le contenu : faut-il tant parler de la beauté ? Est-ce pertinent ? S'agit-il juste d'une catégorie plus universelle
que le divin pour s'adresser à des non-croyants ?
Dès lors on peut souligner tout ce que cette lettre apporte positivement et qui tient essentiellement dans la seconde partie.
Ce discours - ce n'est pas une encyclique - entérine et cite les avancées majeures de ses prédécesseurs, Paul VI et Jean-Paul dont il cite la Lettre. Il n'est jamais question d'art
sacré, mais d'art. C'est au "monde de l'art" au-delà des artistes que s'adresse ce discours. La disctinction de « l’art véritable », du « beau authentique »
et de « la vraie beauté » repose sur l'expérience : « L’expérience du beau authentique, ni éphémère ni superficiel, n’est pas quelque chose d’accessoire ou de secondaire dans la recherche du sens
et du bonheur, parce que cette expérience n’éloigne pas de la réalité, mais, au contraire, amène à une confrontation serrée avec le vécu quotidien, pour le libérer de
l’obscurité et le transfigurer » et non sur une quelconque théorie préalable. Et cette
distinction stigmatise les méfaits de la culture dominante qui tente toujours de réduire l'art au joli divertissement et au spectacle, anodin mais source de profits juteux.
L'art n'est pas une friandise, sa beauté blesse. On est sensibles à cette relation privilégiée entre l'art et "l’abîme de l’Infini" (magnifique
formule). L’art sous toutes ses
formes (pas seulement l’art catho ou l’art sacré) peut indiquer le Mystère, non seulement en s'appuyant sur des figures bibliques mais aussi "quand il scrute les
profondeurs les plus obscures de l’âme ou les aspects les plus bouleversants du mal, l’artiste se fait en quelque sorte la voix de l’universelle attente de rédemption" (citation de J-P II).
Tensions fécondes.
Il faut accepter de dépasser
l'étonnante et terrible phrase d'introduction : "le Christianisme, dès ses débuts, a bien compris la valeur des arts et en
a utilisé avec sagesse les langages multiformes pour communiquer son immuable message de salut" où chaque mot semble ignorer la réalité de l'art. Le génie de l'art a toujours résidé dans le refus ou la
subversion de son utilisation au service d'une doctrine, quelle qu'elle soit. C'est justement cette mort de l'art en propagande, en "communication" que les distinctions opérées par le discours
combattent judicieusement.
Ainsi ce discours témoigne des tensions historiques et fécondes qui font l'amitié entre l'art et l'Eglise. Comme entre la mystique et l'institution.
Comme un enfant qui découvre le monde
Lijiang
River, study 4, Guilin, China,
2006,
BnF, dép. Estampes et photographie. © Michael Kenna
Paul : Que de photos ! Que de photos ! Je veux bien que ça soit un art mais…
Mick : Mais quoi ? C’est un art dont la technique est à la portée du premier venu. Toute la technique, y compris la démultiplication infinie, le recadrage et les corrections de toutes sortes…
- Mais la créativité, elle, elle est pas dans la boîte !
- Eh bien du coup on mesure mieux la distance qui sépare nos clichés de vacances de la Photographie !. Tiens, prend la Rétrospective Michael Kenna à la BNF
- Rue de Richelieu ?
- Oui. C’est une exposition qui demande du temps. Pas question de l’effleurer d’un regard distrait.
- D’accord, mais 210 photographies d’un coup : tu ne trouves pas que c’est trop ?!
- C’est vrai que chacune requiert de l’attention. Mais la totalité constitue une œuvre.
- Et ce sont des petits formats… c’est marrant pour des paysages.
- Eh oui, chacune supporterait l’agrandissement à la taille de tout un mur. Au contraire, leur petit format suggère un entretien intime. Et puis elles sont carrées : un refus radical du panorama hollywoodien, où se déroulent les belles aventures de
- … l’extermination des indiens. Ajoute à ça le noir et blanc !
- Et la sobriété, le dépouillement, l’épure des lignes et des compositions, le raffinement des tirages en camaïeux subtils et ça donne une sorte de poésie distanciée qui fait l’unité.
- C’est clair, on reconnaît la patte du maître.
- De plus, les répétitions, le cadrage, la stylisation extraient l’esprit des formes : le génie d’un lieu. En substituant le graphique au figuratif Michaël Kenna décèle pour nous la part d’éternité dans la fragilité de l’instant qu’il a cueilli.
- On pourrait dire qu’il façonne ses images comme les paysans font le paysage.
- Et en plus, il nous aide à en deviner quelque vibration secrète. Comme une méditation sur les traces du créateur dans sa création. Les chrétiens auront vite fait de penser ces derniers mots avec une majuscule.
- Trop vite ! Parce que il n’y a pas une seule figure humaine !
- Mais, Paul, qu’est-ce que c’est un paysage ? Un fragment de nature cultivée, une construction culturelle. Tu le disais tout à l’heure, l’homme y a toujours inscrit les traces de son activité. Les paysages désertés de Kenna ne sont pas des déserts.
- Moi, ce que j’ai retenu, c’est que ces terres, ces villes, ces lacs et ces horizons dialoguent avec le ciel et les météores. Nuages et nuées, fumées, brumes et brouillards arrondissent et dissolvent l’épure, ça adoucit.
- Si tu veux, mais ça contraint surtout à l’équivoque. La description s’efface devant la rêverie et invite à la méditation. A passer de l’énigme vers le Mystère.
Parcourant la terre, Michael Kenna (né en 1953 à Widnes, Lancashire) a bâti, depuis plus de trente ans, un corpus consacré à la représentation du paysage en noir et blanc. Les rivages, l'océan, les îles, lui inspirent des « Marines » où le pittoresque s'efface devant la puissance. La poésie de ses paysages du Japon tend au haïku[1], Ses derniers travaux consacrés à la Chine et à l'Egypte sont présentés pour la première fois.
Rétrospective Michael Kenna, jusqu’au 24 janvier 2010
Bibliothèque Nationale de France site Richelieu 58 rue Richelieu, du mardi au samedi de 10h à 19h, le dimanche de 12h à 19h, fermé le lundi (nocturne le jeudi jusqu' à 22h) tarif plein : 7.00 euros tarif réduit : 5.00 euros
[1] Poème d’origine japonaise, en trois vers et dix-sept syllabes (5-7-5) rendu célèbre au XVIIe s ; par Bashô (1644-1694)
Regardez, il y a un nouvel album, souvenir de la retraite du week-end dernier à Avon.
L'aumônerie des Beaux-Arts fête les diplômes de Charlotte et Aurore
Aurore et Charlotte
et s'élargit avec joie
!
Laure, Anne-Charlotte et Léonore
"Si le Seigneur ne bâtit la maison,
les bâtisseurs travaillent en vain." Ps.126
L'aumônerie des Beaux-Arts: Tous les mardis, 12h45-14h30
L'aumônerie des "étudiants artistes" :
Dimanche 10 janvier, 17h (et tous les quinze jours)
Réunion et agapes au Local (messe19h, St Germain des Prés)